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Politique

Les raisons derrière les matraques

Il a peur de quoi, le Macron ?

Quand on sort la matraque pour taper comme un sourd, c’est soit la démonstration que l’on a suffisamment les coudées franches pour tout se permettre, soit le symptôme d’un état de très grande nervosité, tension et inquiétude. Macron relève davantage de la seconde que de la première catégorie.

Contre les zadistes, depuis lundi, et contre la mobilisation étudiante, Macron met en branle les grands moyens. La journée de jeudi a été un avant-goût de ce qui pourrait se déployer, dans un avenir proche. Parallèlement, au JT de 13h de TF1, le président a sorti la panoplie du gendre idéal en direction, notamment, des retraités et des cheminots, pour souligner qu’il devait y avoir un malentendu.

Inquiétude

De quoi a peur Macron, exactement ? Pourquoi avoir fait preuve d’autant de « pédagogie » auprès de la France « ni-des-villes, ni-des-riches » pour après liquider en deux phrase, en fin d’entretien, la question de Notre-Dame-des-Landes et des universités mobilisées ? Pourquoi avoir juré ses grands dieux qu’il respectait les syndicats du rail, d’un côté, pour, de l’autre, qualifier les étudiants mobilisés de « professionnels du désordre » ? Macron a d’ailleurs joint les paroles aux actes, en ordonnant le déblocage de la Sorbonne, jeudi soir, et en continuant à rouler des mécaniques autour de Tolbiac et de Rennes 2, notamment.

Ce qui effraie, au plus haut point, Macron, c’est que cinquante ans après 1968, le spectre de l’unité ouvrière-étudiante se remette en mouvement. C’est ce qui a pu se manifester, pour l’instant de façon encore embryonnaire, non pas seulement avec des actions de solidarité des étudiants en direction des cheminots (comme à Poitiers, à Marseille, déjà, ou à Grenoble, vendredi, pour ne donner que quelques exemples en région), des actions des salariés en lutte en direction des étudiants : c’est ce que l’on a pu voir, hier encore, à Tolbiac, où se sont rejoints, derrière les grilles de l’occupation, les étudiants mobilisés, l’UL CGT du 13ème, des cheminots en lutte d’Austerlitz ; c’est ce dont atteste, également, les déclarations de l’UD CGT 44 en solidarité avec les zadistes et contre la répression policière en général.

Quel cocktail ?

S’il y a bien un cocktail détonnant qui pourrait faire reculer le Macron, dans la rue, c’est bel et bien cette unité ouvrièr.e.s-étudiant.e.s : si la radicalité du mouvement de la jeunesse venait à contaminer des secteurs consistant du monde du travail et que des secteurs avancés, des cheminots ou des travailleurs mobilisés, donnaient au mouvement étudiant la force sociale d’opérer en saut dans l’incidence de la mobilisation, alors la situation serait beaucoup plus compromise pour Macron.

Rien ne permet de dire, à présent, dans quelle direction la balance va pencher, pas même les déclarations empressés de la direction de la SNCF sur « l’infléchissement du taux de grévistes » au matin du cinquième jour de débrayage. Mais Macron est conscient que cette unité pourrait lui être fatale ou, en tout cas, fortement handicapante. C’est de là que ressort cette volonté de distinguer, de séparer, de diviser, entre, d’un côté, celles et ceux à qui il rend hommage et demande des « efforts », cheminots compris, et, de l’autre, celles et ceux qui seraient les professionnels de la chienlit.

Cheminot.e.s et étudiant.e.s à Tolbiac, vendredi 13h !

C’est, bien au contraire, cette unité qu’il faut construire. Au cinquième jour de grève nationale, en région parisienne, un pôle est appelé à se constituer, dès 13h, devant Tolbiac, à l’appel des cheminots en reconductible, pour faire le tour, par la suite, des gares et des facs.

Ce genre d’initiatives sont encore minoritaires. Néanmoins, si elles se généralisaient et s’étendaient, cela donnerait au mouvement la possibilité d’opérer un saut dans son extension et sa radicalité. D’où la raison pour laquelle Macron va continuer à matraquer dans les prochains jours pour nous opposer et nous scinder le plus possible. Une seule réponse à cela : la solidarité dans l’action et la détermination contre Macron et son monde !

[Illustration : "Solidarité effective étudiants-travailleurs". Affiche, Atelier populaire de l’École des beaux-arts, mai-juin 1968]




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