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Société

Toujours les même qui paient

Il n’y a pas qu’une histoire de santé derrière l’augmentation du paquet de cigarettes à 10 euros en 2018

Le prix du paquet de cigarettes, moyennant actuellement les 6,50 euros, devrait monter à 10 euros d’ici 2018 selon la ministre de la santé, Agnès Buzyn.

Plus de 50% d’augmentation d’ici 2018. C’est ce que prévoit la ministre de la santé Agnès Buzyn dans une feuille de route présentée au Premier ministre, Édouard Philippe. Ainsi, un paquet de cigarettes, vendu en moyenne 6,50 euros aujourd’hui, coûtera 10 euros en 2018. "Les hausses doivent être importantes pour avoir un impact de santé publique" a estimé la ministre sur RTL. Prenant l’exemple de l’Angleterre, elle met en avant l’influence des hausses notables de prix du tabac sur le recul du tabagisme et spécifie qu’elle compte bien réussir à convaincre les buralistes du bien-fondé de sa démarche. Pour ces derniers, la nouvelle n’est pas bonne puisqu’ils y voient une menace directe pour leurs affaires, arguant le fait qu’à défaut d’une baisse de la consommation de tabac, cette mesure encouragera l’achat sur des marchés illégaux ou à l’étranger. Mardi 4 juillet, Édouard Philippe a confirmé cette mesure lors de sa déclaration de politique générale, évoquant notamment les 80 000 décès annuels dus à la cigarette.

Une mesure qui creuse les inégalités sociales

Les prix du tabac ont connu des hausses successives depuis les années 1990. Au cours des dix dernières années, le prix d’un paquet de cigarettes a ainsi augmenté de 40 %. Et si les ventes de tabac ont considérablement diminué depuis les années 2000, cette baisse de la consommation n’est pas répartie de façon égale dans la population. Entre 2010 et 2016, l’usage du tabac a même connu une augmentation chez les personnes à faibles revenus, passant de 35,2% à 37,5%, tandis qu’il a diminué chez celles à haut niveau de revenus (de 23,5% à 20,9%). Les hausses de prix du tabac impactent donc particulièrement les populations les plus démunies. Pire, selon plusieurs études de l’Inserm, ces augmentations des tarifs tendent à paupériser encore plus les personnes les plus fragiles financièrement contribuant à creuser d’autant plus les inégalités sociales. En effet, les fumeurs les plus pauvres consacrent de plus en plus de leur budget à l’achat de cigarettes tandis que la proportion budgétaire accordée au tabac par les fumeurs plus aisés reste relativement stable.

L’argument sanitaire ou le machiavélisme bourgeois

Pour expliquer l’écart de consommation de tabac entre les différents niveaux de revenus, l’agence Santé Publique France avance plusieurs raisons, parmi lesquelles « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ». L’usage du tabac corrèle donc plus avec une précarisation financière et sociale qu’avec le prix du paquet de cigarettes malgré ce que veut nous faire croire Agnès Buzyn. Dès lors, la volonté affichée du gouvernement de placer la prévention sanitaire au cœur de sa stratégie politique n’est rien d’autre qu’une vaste fumisterie. D’autant plus quand, en parallèle, ce même gouvernement s’acharne à détruire les services publics et le système de santé.

Une fois encore, ce que montre le gouvernement Macron à travers cette mesure, c’est sa détermination dans la guerre qu’il a déclarée aux travailleurs. La précarisation généralisée et l’aliénation des masses constituent les armes principales du capitalisme dans la lutte des classes qui se joue en ce moment. Avec cette mesure, Agnès Buzyn dit rêver «  d’une génération sans tabac  ». La classe ouvrière se doit pourtant d’être plus ambitieuse que ça. Si nous unissons nos forces, c’est une génération sans exploitation, sans la bourgeoisie et son escadron de politiciens véreux qui verra le jour.

Crédits photos : Myriams-photos




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