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Il y a presque cent ans, Trotsky était élu président du soviet de Petrograd (partie I)

Emilio Salgado et Jazmín Jimenez Le 22 septembre 1917, il y a presque cent ans, Trotsky était élu à la présidence du soviet de Petrograd. Un symbole de la façon dont les bolcheviks avançaient au sein de l’avant-garde révolutionnaire et qui indiquait déjà la façon dont, concrètement, la classe ouvrière se rapprochait de la prise de pouvoir.

Acte I de la Révolution : renaissance du soviet

« Personne n’avait encore rêvé à pareille révolution », écrit Trotsky. C’est en février 1917 que commence le processus révolutionnaire le plus intense de tous les temps. La Guerre mondiale a charrié avec elle des maux plus intenses encore que les souffrances habituelles, créant ainsi les conditions d’une révolution. C’est au cri de « A bas la guerre ! » et « A bas l’autocratie ! » que débute l’insurrection qui va aboutir au renversement du tsar Nicolas II. Douze ans après sa première apparition, au cours de la révolution de 1905, le soviet de Petrograd renaît de ses cendres. Il est composé, dans sa majorité, de délégués d’ouvriers et de soldats, issus pour la plupart des campagnes, et envoyés au front. Le soviet organise et concentre, alors, l’action ouvrière et populaire et tout le territoire de l’Empire se couvre d’organismes de ce type. Partout l’on célèbre la chute du Tsar. Dans plusieurs villes les jeunes ouvriers s’arment et mettent sur pied des Gardes Rouges pour défendre les faubourgs prolétaires. Petrograd, à l’époque, est une ville en plein ébullition où l’on débat à chaque coin de rue.

Le double pouvoir

Avec la fin du régime tsariste, c’est une situation de double pouvoir qui commence. « A côté du gouvernement provisoire, à côté du gouvernement de la bourgeoisie, c’est un autre gouvernement qui a vu le jour, encore faible, embryonnaire, mais qui a, néanmoins, une existence bien réelle et qui se développe : les soviets de députés ouvriers et de soldats », écrit Lénine.

Il s’agit de deux pouvoirs absolument irréconciliables, tout autant que les intérêts des classes antagoniques qu’ils représentent. C’est l’affrontement qui se prépare. Au début du processus, les partisans de Lénine, les bolchéviks, ne sont qu’une minorité dans les soviets. Ces derniers sont davantage liés aux partis favorables à une alliance, à un degré ou à un autre, avec la bourgeoisie, qu’il s’agisse des courants mencheviques ou socialistes révolutionnaires. Sur le front, en revanche, entre les armées russes, d’un côté, et austro-hongroises et prussiennes, de l’autre, la guerre se poursuit. Les principaux dirigeants bolcheviques sont, eux, en exil. Ce n’est qu’en avril 1917 que Lénine réussit à rentrer en Russie.

Selon lui, il faut affronter le gouvernement provisoire et gagner la majorité dans les soviets. Ces derniers, selon Lénine, ne sont pas seulement des organismes d’auto-organisation ouvrière mais également « la seule forme possible de gouvernement révolutionnaire ». Ils représentent ainsi la base de la construction d’un nouvel Etat.

Néanmoins, pour conquérir les revendications fondamentales portées par le processus révolutionnaire, les soviets devaient encore mûrir en tant qu’organisations de pouvoir, et c’est ce qui finit par se produire, à travers de brusques virages, des reculs et des avancées significatives. Cela est rendu possible du fait que leur forme même épouse les contours de l’évolution du mouvement de masse à travers la révocabilité des mandats, la rotation des délégués et la représentation des partis ouvriers en fonction de la variation de leur influence au cours du processus.

De juillet à septembre

Au cours des mois qui suivent le début de la révolution de février, plusieurs événements se succèdent, à commencer par un premier soulèvement de masses, en juillet, prématuré, qui est battu en brèche. Les bolchéviks, à l’époque, ne sont pas favorables à ce soulèvement, les conditions n’étant pas réunies selon eux. Ils sont néanmoins accusés d’être à l’origine des troubles et le parti est mis hors-la-loi. Plusieurs dirigeants, dont Trotsky, sont arrêtés, et Lénine doit passer à la clandestinité.

En août, c’est le général Kornilov, alors commandant en chef d’état-major pour le compte du gouvernement de Kérensky, qui croit son heure arrivée et tente un putsch réactionnaire contre les autorités issues de la révolution de février. Face à cette tentative de coup d’Etat, Kérensky se voit obligé de revenir sur la proscription du Parti Bolchevique et d’autoriser l’armement des militants. Les Gardes Rouges se renforcent, le prolétariat lutte activement contre le putsch. Les partisans de Lénine interviennent de façon décisive contre Kornilov et la réaction est vaincue. Etre le parti le plus décidé à porter les revendications originelles du processus révolutionnaire, couplé au fait d’avoir maintenu la plus stricte indépendance vis-à-vis du gouvernement provisoire vis-à-vis duquel les masses commencent à faire leur expérience, voilà ce qui permet aux bolchéviks de renforcer leur audience et de commencer à gagner la majorité dans plusieurs soviets.

Depuis qu’il est revenu d’exil, au mois de mai, des discussions sont ouvertes entre Trotsky et le Parti Bolchevique de façon à permettre son intégration, ainsi que celle de son groupe, au sein de l’organisation de Lénine. Les accords entre Trotsky et Lénine, notamment à partir des « Thèses d’avril », se renforcent au fil des semaines. Par la suite, c’est sur proposition de Lénine que Trotsky sera directement intégré au Comité Central du parti.

C’est ainsi que le renforcement du Parti Bolchevique au sein des masses trouve l’une de ses expressions les plus visibles dans l’élection de Trotsky à la tête du soviet de Petrograd le 22 septembre 1917. Il s’agit d’un moment charnière de la révolution.




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