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Politique

Anniversaire

Il y a un an, lycéens, étudiants, travailleurs marchaient ensemble contre la loi travail

1,2 millions de manifestants dans toute la France, 25 lycées fermés, plusieurs universités bloquées, le site de PSA Poissy entièrement bouclé… C’était le 31 mars 2016, il y a exactement un an, contre la loi travail, et contre son monde.

Un bras de fer avec le gouvernement qui l’avait poussé à inviter l’UNEF à Matignon pour négocier dans le dos de la Coordination étudiante, dans le même temps qu’il frappait fort sur les manifestants. 365 jours ont passé sans élimer nos souvenirs de cette convergence, mémoire vive à faire revivre :

Manifestation Toulouse :

Blocus des lycéens devant le lycée Hélène Boucher, à Paris, le 31 mars 2016. RAFAEL YAGHOBZADEH/HANS LUCAS POUR "LE MONDE"

Blocage à Paris 8

Alors que la colère gronde depuis l’annonce de Myriam El Khomri, que la pétition qui circule massivement recense rapidement plus d’un million de signataires, que des rassemblements ont lieu déjà courant février, la CGT appelle enfin, le 28 février, à une mobilisation… le 31 mars suivant ! Un rendez-vous beaucoup trop tardif que n’attendront pas les étudiants et lycéens : le 9 mars marquera le premier jour de la mobilisation qui durera les 4 mois suivants. Et c’est par ce lancement en temps et en heure de la mobilisation, que le 31 mars sera en effet, un succès.

Entre 12 000 et 30 000 personnes se sont mobilisées à Lyon ce 31 mars 2016

La veille, le mercredi 30 mars au soir, c’est un meeting à Paris 1
qui fera résonner la détermination à manifester le lendemain. L’amphi N de Tolbiac est archi plein : 600 personnes présentes, et les slogans n’en finissent pas de retentir, alors que les interventions de la tribune s’enchainent, que Nathan, lycéen, Gabriel, cheminot, appellent aux côtés de Frederick Lordon à être toujours plus nombreux.

Ce jeudi 31 mars, pour la première fois depuis le début du mois, la manifestation fera converger massivement dans la rue les jeunes scolarisés et les travailleurs. Les étudiants, via leurs assemblées générales locales ainsi que leur Coordination étudiante, appellent à se rassembler largement en cortèges bien visibles, aux côtés des lycéens, travailleurs, chômeurs de toutes les villes. A Paris 8-Saint-Denis, plusieurs centaines d’étudiants mobilisés appelleront à un cortège avec les travailleurs de la ville, superbement animé par les intermittents de la Compagnie Jolie Môme, Dionysiens eux-aussi, et dont les immenses drapeaux rouges surplomberont les manifestants tout au long de la manifestation.

Cortège de Paris 8 Saint-Denis animé par la Compagnie Jolie Môme

Un succès qui amènera le gouvernement à combiner ses deux méthodes favorites : la carotte, en invitant notamment l’UNEF à négocier dans les beaux quartiers de Matignon pour tenter d’endormir le mouvement, tandis que les étudiants mobilisés votaient toujours massivement leur refus de négocier et le bâton qui s’abattra durement sur les cortèges comme en témoignent les images et récits de manifestants, pour essayer de nous intimider.

Si les trombes d’eaux tombées ce jour sur les parisiens ne découragent à aucun moment les manifestants, l’absence de perspectives portées par la CGT et les autres directions syndicales ne les arrêtera pas non-plus. Si le lendemain du 31 ne voit pas appeler à la grève générale, alors c’est Nuit Debout qui portera le 32 mars. La place de la république à Paris est, dès le soir-même envahie par des centaines de manifestants qui comptent bien aller jusqu’au bout dans la bataille, tentant pour cela l’occupation de la place et la création d’un espace de débat, rêvant à un autre monde.

La grève générale, dirigée par les travailleurs, étudiants et lycéens auto-organisés, aurait été seule en mesure de dégager la loi travail. Néanmoins, cette première convergence de rue jetait des bases précieuses pour avancer vers cet objectif.

Un an après, il nous appartient de retenir le meilleur de nos quatre mois de lutte, qui ont commencé à nous apprendre à nous organiser, à tisser des liens entre nos différents secteurs, à ne pas accepter les miettes des négociations, à faire face à la répression. Mais également il nous faut comprendre les limites qui nous ont empêchés d’obtenir le retrait. Face aux reculades des directions syndicales, il faut leur imposer notre propre direction du mouvement, un calendrier commun de mobilisation pour les différents secteurs en lutte, issu de la concertation entre eux, l’extension et la continuation de la grève, pas seulement les jours de manifestation, la convergence avec d’autres secteurs qui ne se sont pas encore lancés dans la bataille, comme les jeunes et travailleurs des quartiers populaires, qui pourtant subissent particulièrement la précarité, le chômage ainsi que leur corollaire de violences policières.




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