Société

La violence des riches

Incendie volontaire du centre de sans abris dans le 16ème : focus sur la « racaille » des beaux quartiers !

Publié le 18 octobre 2016

Selon les sources policières, les faits se seraient déroulés lundi 17 octobre, vers les cinq heures du matin, alors que la zone est encore plongée dans l’obscurité matinale. Un incendie, d’origine criminelle, s’est déclaré dans le nouveau centre pour sans-abris qui doit ouvrir au mois de novembre prochain. Une dégradation volontaire d’un bien public qui vise à accueillir 200 personnes, des familles avec enfants et des personnes isolées dans la détresse, et à élargir les capacités d’accueil du 115. On entendrait presque hurler la sirène des médias et des politiques contre la « racaille », les « sauvageons », l’irrespect des valeurs de la république et du service public, contre cette zone de non-droit où il n’est plus possible de venir s’installer. Sauf que… tout cela se déroule à la lisière du Bois de Boulogne, dans le 16ème arrondissement de Paris. Et que, lorsqu’il s’agit de dénoncer la violence des riches, politiques et médias sont, toujours, beaucoup moins empressés.

« La violence des riches » Le titre du dernier livre des sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot a de beaux jours devant lui… au propre comme au figuré. Ils avaient déjà relevé, lors de l’étude des réunions préparatoires à l’installation du centre de sans-abris dans un coin huppé du 16ème arrondissement, la manière dont la violence sociale, rendue inaudible et invisible par un système qui la soutient et la permet, se transformait en agressivité physique et verbale dès lors que les privilèges accordées se trouvaient chatouillés. Les noms d’oiseaux fusaient dans la salle, alors que les « bons gens » se bousculaient pour perturber la réunion.

Leur demande de suspension ayant été déboutée par le tribunal en avril dernier, l’incendie criminel de lundi dernier constitue une nouvelle étape de franchie dans l’opposition à l’installation d’un centre de sans-abris et dans la défense du maintien d’un parfait entre-soi du quartier. Communautaristes, va ! Dans cette affaire, il est très clair que le contexte installé depuis l’annonce de la mise en place de ce centre, associé au sentiment d’impunité dont jouissent les classes possédantes, a pu donner des ailes à certains individus et à ce genre de pratique violente et criminelle : son objectif étant de faire respecter, par la force, l’ordre bourgeois qui impose et défend l’imperméabilité sociale la plus complète y compris, en allant jusqu’à s’opposer à la loi.

A une échelle microsociologique, certes, cet événement est bien la marque de la profonde immoralité de ce secteur de la population et l’absence totale de culpabilité qu’il a à utiliser la violence lorsque le droit est insuffisant pour faire respecter son intérêt. De quoi prendre de la graine pour la suite…

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