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Politique

Quatre voitures et une moto brûlées dans une caserne à Meylan

Incendier une gendarmerie pour faire libérer les camarades ?

C’est pendant la nuit de mercredi à jeudi qu’un incendie a été déclenché dans la cour de la caserne de gendarmerie de Meylan, près de Grenoble, détruisant quatre voitures et une moto. Dès jeudi matin, le procureur de Grenoble y allait de son accusation contre « l’ultra-gauche » qui aurait agi en solidarité avec les condamné-e-s de « l’affaire de la voiture de police du Quai de Valmy ».

Ce serait donc peu après 3h30 du matin que des personnes auraient sectionné le grillage qui sépare la caserne d’un bois qui longe l’autoroute pour se glisser sur le parking et incendier les véhicules, avant de se retirer après avoir cadenassé la grille d’entrée. Compte-tenu du fait que les flammes ont léché l’un des bâtiments, dans lequel résident les gendarmes et leurs familles, et en raison du blocage du portail d’entrée, Jean-Yves Coquillat, le procureur de la République de Grenoble, a jugé l’affaire « particulièrement inquiétante, [car] on s’en est pris directement aux militaires et aux familles ».

Au niveau du ministère de l’Intérieur et du parquet, le parallèle a été immédiatement établi avec les deux incendies volontaires des locaux techniques de la gendarmerie, à Limoges et à Grenoble, les 19 et 20 septembre dernier. « Il y a une unité de lieu et de temps assez troublante, tout comme la découpe du grillage », a ainsi déclaré à la presse Jean-Yves Coquillat, toujours perspicace dans son analyse.

La dernière de ces deux actions de septembre, baptisée « Beau comme un parking de gendarmerie qui part en fumée », (en hommage à Beau comme une prison qui brûle, de Julius Van Daal), aurait été menée en solidarité avec celles et ceux qui n’étaient, alors, que les « inculpé-e-s du Quai de Valmy » et qui, depuis, ont été condamné-e-s à de très lourdes peines de prison, à la suite d’un procès politique.

L’Etat français a toujours été complice, voire instigateur, de mille barbouzeries visant à attaquer le milieu militant de gauche radical et à casser toute solidarité. La dernière en date, sous Sarkozy, a été « l’Affaire de Tarnac », montée expressément par le ministère de l’Intérieur, alors dirigé par Michelle Alliot-Marie, la grande amie du dictateur tunisien Ben Ali. Si en revanche, la destruction des véhicules de Limoges, Grenoble ou Meylan a été réellement planifiée par des militants voulant exprimer leur solidarité avec ceux et celles du Quai de Valmy, il est clair que des incendies orchestrés par des petits groupes, comme des actes vengeurs, n’ont jamais libéré aucun camarade.

Puisque dans leur revendication de l’action du 20 septembre, les militants à l’origine de ces opérations citent, indirectement, Van Daal et son essai sur les « Gordon Riots », la grande révolte populaire de Londres de 1780, il est superflu de leur rappeler que ce soulèvement, « beau comme une prison qui brûle », met sérieusement sur la défensive, à l’époque, les riches londoniens, le gouvernement et la monarchie uniquement parce qu’il s’agit d’un mouvement de masse.

Les actions commando, en revanche, qu’elles soient vengeresses ou à visée exemplaire, mais toujours substitutistes, a priori, se retournant, généralement, contre le mouvement et instrumentalisées par la « justice », ne permettent pas de construire un rapport de force réel pour lutter contre ce système, sa police et sa déclinaison actuelle, la Macronnerie.

[Illustration. Aquarelle de Charles Green, "The Gordon Riots"]




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