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Politique

L'intox de la rentrée

Indemnisation des arrêts maladie : Edouard Philippe pointe les salariés du doigt

Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche ce weekend, le Premier ministre Edouard Philippe s'est laissé aller à des déclarations hasardeuses sur les indemnités d'arrêts maladies. Il a sous-entendu que la hausse de ces derniers représentait une journée de congé annuelle supplémentaire pour tous les salariés du privé.

(Crédits : CHARLES PLATIAU)

« Chaque année, un peu plus de 10 milliards d’euros sont consacrés à l’indemnisation des salariés arrêtés, et ce volume progresse de plus de 4 % par an. En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de onze à douze par an et par salarié du privé. C’est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire », a déclaré le premier ministre Edouard Philippe dans les colonnes du JDD.

Mais la réalité est – un peu – différente. Car si la hausse de 4% du coût pour l’Etat, désormais de 10 milliard est réelle, elle est très loin de concerner l’ensemble des salariés du privé. En effet, pour obtenir ce chiffre de 12 jours par an et par salarié, Edouard Philippe fait une moyenne : 227 millions de journées indemnisées en 2016 pour 19,6 millions de salarié dans le privé. Soit, effectivement, de l’ordre de 12 jours par an et par salarié.

Mais ce calcul est hypocrite. Selon la Sécurité Sociale, seuls 4,9 millions des 19,5 millions de salariés du privé (soit environ 25%) ont bénéficié d’arrêt maladie en 2016. Des arrêts qui sont donc, généralement de durée relativement longue, liés à des problèmes de santé qui sont donc conséquents. On est bien loin des 20 millions de Français qui s’offrent une journée chaque année !

Le chef du gouvernement pointe donc du doigt l’ensemble des salariés alors que c’est on ne peut plus faux. Et si la durée des arrêts maladie augmente bel et bien pour ceux qui y ont droit, c’est grande partie lié à des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader. L’Inspection Générale du Travail avait d’ailleurs demandé une expertise à ce sujet dans un axe de recherche de réduction des coûts, mais le gouvernement a préféré laisser de côté cette option.

Il est par ailleurs particulièrement intéressant de noter l’impact du retardement de l’âge de départ à la retraite de 60 à 62 ans (en 20) sur les arrêts maladie. En effet, le nombre de jours indemnisés par an augmente avec l’âge et explose au-delà de 60 ans : 76 jours annuels pour les 60-62 ans contre 18 pour les moins de 24 ans, ceux qui en prennent le moins.

Ces indemnisations, qui pèsent donc 10 milliards par an sur le budget de l’Etat sont donc désormais considérées comme un enjeu « considérable ». Pourtant, le Premier ministre a annoncé qu’il cédait à la pression du Medef en assurant qu’il renonçait à ce que ces indemnités soient en partie prises en charge par les entreprises. Ce qui aurait pourtant pu constituer un bon moyen de voir certaines conditions de travail arrêtées de se dégrader et les salariés se faire pointer du doigt.




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