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Notre classe

Intérimaires et CDI, même patron, même combat !

Inédit : à PSA Rennes, 60 intérimaires en grève reconductible pour des augmentations de salaires

Depuis un an, la grogne s'accumule chez les intérimaires de l'usine de PSA Rennes. La flexibilité des horaires de travail, instaurée par les plans de compétitivité successifs, permet à PSA d'engranger des bénéfices records en rognant les payes des salariés, tout en augmentant les cadences. Les intérimaires, qui n'ont pas les mêmes taux de rémunération, sont les premiers à trinquer. Ce jeudi 19 octobre, une soixantaine d'entre eux ont décidé de riposter en se mettant en grève, et reconduisant leur mouvement au lendemain ; un fait inédit pour des travailleurs précaires.

La précarité est croissante à l’usine PSA de Rennes, avec environ 1000 intérimaires pour 2200 salariés en CDI (après déduction des départs volontaires et des salariés en arrêt maladie de longue durée). Pourtant, la production n’est pas en reste, pour cette usine d’où sortent les Peugeot 508 et 5008, produites sur une unique chaîne de montage (ce que PSA appelle le monoflux), ainsi que la voiture électrique e-Méhari. Ce débrayage d’intérimaires est une première sur le site de Rennes. Nous avons interviewé Mickaël Gallais, délégué CGT.

Peux-tu nous raconter comment est parti le mouvement de grève des intérimaires ?

« Dès 5h30, on était dans l’atelier montage à discuter avec les ouvriers. Le débrayage a commencé à 9h30. On était environ 85, dont au moins 60-70 intérimaires. La date n’était pas choisie au hasard, ça tombait en même temps que la journée de mobilisation contre la loi travail. Mais en réalité les intérimaires étaient en tension depuis un moment, parce qu’on a beau être en lancement de véhicule, il y a du chômage technique chez nous. Normalement, quand les intérimaires sont embauchés, c’est pour un surcroît d’activité donc ils ne sont pas censés chômer. C’est un gros problème pour les intérimaires parce que ça génère des pertes importantes de salaire. Ça fait un an qu’on traitait les problèmes individuels des intérimaires, en allant voir leurs employeurs. Là c’en était trop, et ils ont lancé d’eux-mêmes une pétition il y a quelques jours, demandant des augmentations de salaires et appelant à débrayer. Nous on a fait tourner leur pétition dans les ateliers, et on a fait un affichage appelant à débrayer pour les salaires des intérimaires et une augmentation de la prime de panier. Sur environ 1000 intérimaires, il y en a au moins 220 qui ont signé. Ce qui est à saluer, c’est que c’est eux qui ont initié le mouvement et ont poussé la CGT à agir. »

Comment la direction a-t-elle réagi ?

« La direction a pris peur, parce que ça fait un moment que les problèmes s’accumulent. Il y a un an, à deux camarades de la CGT, on a accompagné une douzaine d’intérimaires réclamer des rémunérations parce qu’il y avait eu tellement de chômage qu’ils arrivaient à la fin du mois avec des payes de 400€. Ce n’est juste pas tenable. Le départ du mouvement finalement c’est presque une addition de problèmes individuels. La direction a senti qu’il y avait une vraie tension dans l’usine. Pendant le débrayage, elle a envoyé des cadres dans l’atelier pour essayer de diviser les grévistes en discutant avec untel et untel, démobiliser par petits groupes. Puis la direction est venue nous voir vers 11 heures pour nous proposer une rencontre avec elle, un représentant de chacune des trois boîtes principales d’intérim - Manpower, Synergie et Adecco – deux intérimaires de chaque boîte, et les autres syndicats de l’usine. On a refusé la présence des autres syndicats, parce que chez nous ils sont clairement dans l’accompagnement de la direction de PSA. En tant que CGT, quand on ne signe pas un accord, PSA ne nous laisse pas participer aux commissions. Donc là c’était normal qu’il n’y ait que la CGT. Les intérimaires étaient d’ailleurs d’accord sur le fait qu’ils n’iraient pas à la réunion s’il y avait les autres syndicats. »

Et qu’est-ce qu’il est ressorti de cette réunion entre les grévistes et la direction ?

« Rien. Comme on pouvait s’y attendre, la réunion nous a plus fait perdre du temps qu’autre chose, on est sorti de là sans rien. Pendant ce temps, les autres salariés attendaient. Quand on est sortis de la réunion, deux intérimaires qui étaient dans la délégation ont expliqué en AG comment ça s’était passé, et là ils ont voté de reconduire la grève le lendemain. Ils sont courageux parce qu’il n’y a pas eu de débrayage sur les équipes de l’après-midi et de nuit, donc ça montre qu’ils sont vraiment déterminés. C’est la première fois qu’il y a un vrai débrayage d’intérimaires à PSA Rennes. »

C’est important cette jonction entre CDI et intérimaires, parce que vous avez tous de bonnes raisons de vous battre non ?

« Oui, déjà à Rennes on a un gel des salaires qui n’est pas acceptable. Et au-delà de ça, la situation à l’usine est vraiment dure : on travaille les jours fériés, les cadences sont insupportables, et chaque jour on chôme un quart d’heure. Ce sont les accords de compétitivité qui rendent ça possible. Ça permet à PSA de gagner beaucoup d’argent, en compensant par des augmentations de cadence. Les conséquences sont terribles. Il y a quelques semaines, un ouvrier a perdu un doigt, parce qu’il a été mis sur un poste sans être formé. Il y a aussi eu des chutes dans les escaliers, des malaises, les gars ne tiennent plus. Et on n’a pas les mêmes horaires d’un atelier à l’autre. Par exemple au ferrage les ouvriers ont travaillé deux samedis au mois de septembre, et une demi-heure de plus par jour. C’est énorme ! Et ils n’ont touché que 1500€... »

C’est très rare les grèves d’intérimaires. Pour toi c’est important qu’ils se mobilisent aussi ?

« Oui. Ce qui est intéressant de ce débrayage c’est qu’il montre que la CGT sait aussi parfois écouter et ne pas se mettre en avant. Toutes les décisions ont été votées en AG avec les intérimaires. Ce sont eux-mêmes qui ont proposé de reconduire le débrayage et l’ont voté à l’unanimité. Pour moi c’est important de montrer que les syndicats sont là en soutien, mais que c’est aussi possible de décider sans les syndicats. D’habitude c’est la CGT qui propose, mais là on a suivi les revendications du terrain.

Demain [vendredi], on remet ça. On va essayer de faire la jonction avec les autres équipes, et de brancher les CDI sur la revendication des augmentations de salaires. »

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