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Genres et Sexualités

Des patrons féministes ?

Inégalités salariales : nouveau cheval de bataille de Muriel Pénicaud ?

Interrogée sur les inégalités salariales, dans un contexte marqué par l'affaire Weinstein et la « libération » de la parole qu'elle a suscité à l'encontre des violences de genre, notamment au travail, Muriel Pénicaud s'est présentée ce dimanche comme la grande défenseure des femmes, promettant de « régler ce problème qui est une honte » d'ici la fin du quinquennat.

Après avoir rappelé qu’il existait un écart salarial de 9% à poste égal entre les hommes et les femmes, écart qui monte à 20 % tous postes confondus, Muriel Pénicaud a affirmé ce matin sur Cnews : « On n’accepte plus cette chose qui est injuste, inégalitaire, contraire à la loi… Dans 5 ans il faut régler ce problème qui est une honte. Et qui est mauvaise et pour les femmes et pour l’économie… »

Tout d’abord, on ne peut que relever l’hypocrisie consternante de ces propos. En effet, la ministre qui aujourd’hui s’insurge du caractère « injuste, inégalitaire et contraire à la loi » des inégalités salariales, n’est autre que celle qui a porté et fait passer les ordonnances Macron. Un projet de loi imposé par un coup de force, visant à détruire le code du travail et les acquis sociaux arrachés de haute lutte, qui est de ce fait lui aussi « injuste, inégalitaire et contraire à la loi ».

De plus, contrairement à ce que prétend la ministre du travail, les inégalités salariales profitent bel et bien au système économique actuel, l’oppression patriarcale lui permettant d’avoir une main d’œuvre à moindre coût, et de ce fait, de tirer vers le bas l’ensemble des salaires. Comme l’ont démontré des recherches féministes, ce sont ainsi 40 jours effectifs de travail qui sont « offerts », sans leur consentement évidemment, par les travailleuses aux patrons.

Une vision in fine libérale de la lutte contre les inégalités salariales

Afin de pallier à ce problème d’inégalités salariales, le gouvernement présente une stratégie de coopération avec les partenaires sociaux. En effet, Muriel Pénicaud promet la mise en place d’ici fin mars d’un « plan d’action » avec les organisations de salariés mais aussi de patrons. Estimant que « cette question doit devenir un sujet prioritaire du dialogue social ».

Dans l’entretien qu’elle a accordé au Journal du dimanche, cette dernière nous offre une vision libérale de la lutte contre les écarts salariaux entre les femmes et les hommes.
Alors que la grande majorité des sociétés ne respectent pas les lois en vigueur visant à lutter contre les pratiques sexistes – selon la CGT, sur les entreprises concernées par ces lois, 0,2% d’entre elles seraient sanctionnées par l’inspection du travail – il n’est cependant pas question de légiférer pour contraindre les entreprises.

Il faut par ailleurs rappeler que dans les ordonnances, le gouvernement a supprimé le caractère obligatoire des négociations annuelles, ce qui amène de ce fait à la suppression annuelle de la négociation portant sur « l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail », qui obligeait notamment les employeurs à fournir des données aux salariés sur les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes.

En effet, à quoi bon contraindre les entreprises puisque selon Pénicaud, les patrons seraient assez « mûrs » pour stopper toute forme de discrimination salariale à l’encontre des femmes ? Comme si la question des inégalités salariales étaient uniquement le fait de misogynie et de stéréotypes sexistes et non pas également d’intérêts économiques... Celle-ci affirme en effet que « ce sont des pratiques profondément ancrées mais qui restent souvent inconscientes », niant par là le caractère intentionnel des patrons qui discriminent et précarisent toujours plus les femmes, ainsi que les intérêts économiques motivant ces pratiques.

Ainsi, la conclusion de cette dernière est que « il faut miser sur l’engagement des chefs d’entreprise. Je crois que la plupart sont mûrs pour cela. […] je le répète, c’est dans les entreprises que la prise de conscience doit avoir lieu et que le rattrapage doit se faire ». Voilà que la fin des inégalités salariales est placée entre les mains des patrons...

Bien évidemment, dans son plan destiné à lutter contre les inégalités salariales, aucune augmentation des moyens alloués à l’inspection du travail n’est prévue, à l’heure où cette dernière manque de moyens pour contrôler les entreprises.

Face à Pénicaud qui affirme que le quinquennat Macron va faire disparaître les inégalités salariales, il suffit de regarder la politique actuelle menée par le Président pour s’apercevoir que toutes les lois, mesures anti sociales prises (ordonnances, coupes budgétaires, austérité..), et probablement celles à venir, n’ont rien fait pour pallier aux inégalités salariales entre les hommes et les femmes, et auront au contraire comme conséquence d’accroître la précarité des femmes.

Crédit photo : Sipa Press




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