Genres et Sexualités

Féministes et anti-racistes, contre la stigmatisation des réfugiés !

Instrumentalisation raciste d’une agression sexuelle d’une femme par un migrant

Publié le 19 novembre 2016

Jeudi dernier, une femme de 67 ans a été agressée sexuellement à Arzon dans le Morbihan. A l’heure où les agressions sexuelles à l’encontre des femmes sont pour beaucoup invisibilisées, banalisées et impunies, ce cas d’agression sexuelle a pourtant suscité polémiques et indignations. Et si cette agression a, cette fois-ci, été visibilisée, ce n’est pas dû à un élan féministe qui aurait soudainement émergé mais plutôt au fait que son auteur était un jeune migrant soudanais, hébergé dans un centre d’accueil pour mineurs de la commune. Cette agression a alors été instrumentalisée par des groupes d’extrêmes droites pour protester contre la présence des migrants et propager leur haine et leur discours anti-migrant. Une instrumentalisation du corps des femmes qui est d’ailleurs particulièrement prégnante dans le contexte actuel raciste et réactionnaire.

Lili.B

L’agression sexuelle dont a été victime cette femme sexagénaire a eu lieu jeudi dernier à Arzon dans le Morbihan. Le procureur relate les faits : après quelques échanges « ce dernier lui donne un baiser. Après cinq baisers, la femme, excédée, s’est dégagée. Le jeune homme lui a alors touché le sein gauche, avant de mimer une masturbation et de s’enfuir en courant ».

Après ces déclarations, des sites d’extrême droite, tel que Breizh Info et Fdesouche, se sont empressés d’utiliser cette agression sexuelle afin de diffuser largement leur propagande anti-migrant sur les réseaux sociaux, allant même jusqu’à déformer les faits et les propos de la victime, ce qui démontre le peu de considération portée à l’égard de celle-ci, alors même que ces derniers se placent comme leurs défenseurs ! Il est alors évident que la seule raison les poussant à s’élever contre cette agression étant de démontrer la nécessité de renvoyer les migrants « chez eux ». Ces derniers se sont d’ailleurs empressés d’organiser une manifestation lundi dernier devant la mairie de la commune, qui a réuni une centaine de personnes :« Une femme agressée sexuellement en Bretagne par des « migrants » (dont la population ne souhaite pas la présence), c’est une agression de trop ! L’Etat ne gère absolument pas de façon sérieuse cette crise migratoire, par conséquent, nous vous donnons rendez-vous demain, lundi 14 novembre à 20h30 devant la mairie d’Arzon pour, qu’enfin, le Peuple se fasse entendre ! ». Des membres du Front National, à l’instar de Nicolas Bay, secrétaire général du FN, se sont également emparés de l’affaire pour alimenter leur surenchère raciste. Après cette agression, ce dernier a posté sur son compte Tweeter : "Il est temps d’arrêter les frais de cette immigration. Expulsion !", ce que Maréchal Le Pen n’a pas manqué de retweeter !

Après son agression, la victime a porté plainte. Placé en garde à vue, l’auteur de l’agression a été remis en liberté et convoqué en mars 2017 devant le juge des enfants en vue de sa mise en examen pour agression sexuelle : « une main sur le sein c’est une agression sexuelle » a précisé M.Touron, procureur de la République de Vannes. Dans cette prise de position, le procureur de la République reconnaît en tant que telle l’agression sexuelle, ce qui est loin d’être toujours le cas, la question des violences faites aux femmes étant bien souvent traitée avec mépris, banalisant la parole de la victime et la rendant coupable de ce qui lui est arrivé. Il est d’ailleurs frappant de voir la différence de traitement entre cette agression sexuelle, commise par un migrant, qui, dans ce cas précis, est visibilisée et reconnue, et les nombreuses agressions sexuelles commises par des hommes politiques ou appartenant à la classe dominante, passées sous silence et bien souvent impunies.

La manière dont l’agression commise par Jean Michel Maire sur le plateau télé de Touche Pas à Mon poste, à l’encontre d’une jeune femme, a été traitée, en témoigne. Alors que ce dernier se donne le droit d’embrasser le sein de la jeune femme sans son consentement, l’agression sexuelle a totalement été niée et traitée avec une clémence et une impunité déconcertante, les grands médias préférant parler de « dérapage », de « malaise ». Entre ces deux manifestations de violences faites aux femmes, qui sont pour autant toutes deux inadmissibles, il n’y a rien de commun dans l’analyse qui en est dressée par les médias et la plupart des intervenants politiques.

Lorsque les violences sexistes sont commises par des hommes politiques, ou bien par des hommes étant dans une position sociale favorisée et ayant un certain pouvoir, aucune généralisation sur le machisme des hommes blancs n’est faite. Il ne s’agit que de cas individuels. Cependant, lorsque ces dernières sont commises par des migrants ou plus généralement par des individus racisés, une généralisation du machisme à l’ensemble de ce groupe social est bien souvent opérée et analysée comme un trait culturel propre. Du fait de leur culture dites "arriérée", ces derniers seraient, de ce fait, fondamentalement sexistes.

Cette généralisation, bien souvent opérée par l’ensemble de la classe politique, dans un contexte où le racisme s’exprime davantage à travers un système de valeurs, permet de dresser une barrière entre un « eux » : les musulmans et les étrangers, qui seraient fondamentalement sexistes et oppresseurs, et un « nous » : société occidentale égalitaire où les femmes sont émancipées.Les dernières déclarations de François Hollande à propos du problème de l’Islam et des femmes voilées qu’il faudrait libérer est une expression de ce racisme étatique qui s’exprime de manière décomplexé à travers cette instrumentalisation du féminisme. Aujourd’hui de nombreux gouvernements occidentaux déploient un discours « pro-femme », qui n’est en fait rien d’autre qu’un discours civilisationniste, néocolonial et profondément sexiste plaçant les femmes en position d’objet, afin de justifier leurs politiques impérialistes, racistes et discriminatoires. Paradoxalement, les principales victimes de ces politiques sont pourtant ces femmes qu’il faudrait sauver. Ce sont en effet elles qui sont les premières victimes des conséquences destructrices et meurtrières des politiques impérialistes et guerrières menées par les pays Occidentaux au nom du droit des femmes. Ce sont encore elles qui subissent les politiques racistes et discriminatoires justifiées par ce discours civilisationnel : exclusion des femmes voilées de l’école public suite à la loi de 2004, mais aussi plus récemment exclusion de femmes voilées de l’espace public, avec les arrêtés municipaux interdisant le Burkini sur les plages.

C’est pourquoi il est plus que nécessaire de lutter contre toutes ces instrumentalisations du féminisme à des fins politiciennes et racistes, à travers lesquelles celles-ci sont encore une fois objectivées et considérées comme un enjeu de pouvoir pour ces hommes politiques qui n’ont que faire du sort des femmes. Ainsi que de ne pas tomber dans une lecture culturalisante et psycholigisante des violences sexistes, que nous condamnons toutes partout où elles se produisent, mais bien de les analyser d’un point de vue structurel, comme résultant d’un système de domination patriarcale.