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Crédit d’impôt et licenciement

Intel, multinationale de micro-processeurs, annonce la suppression de 750 emplois en France

Publié le 5 juillet 2016

La direction d’Intel avait annoncé en avril dernier un plan de restructuration mondiale visant à supprimer 12000 emplois. Elle a cette fois ci ajouté que la France serait touchée. Pas moins de 750 emplois seront supprimés et 5 centres de R&D sur 7 fermeront.

John Strempe

Intel n’a pourtant aucun soucis financier

Intel, premier fabricant mondial de microprocesseurs, se porte bien, même très bien. Les derniers chiffres en date, ceux du premier trimestre 2016, montrent une hausse de son chiffre d’affaire de 7% (13,7 milliards de dollars) et un bénéfice (en augmentation de 3%) de 2 milliard de dollars. Mais la direction a tout de même annoncé la réduction de son effectif de 11% (soit la mise à la porte de 12000 salariés !) dans un plan de restructuration de l’entreprise, afin d’économiser 1,4 milliard de dollars à terme. Tout ça afin de pouvoir « réduire les coûts en consolidant la quarantaine de sites dans le monde sur seulement une dizaine de hubs  », d’après Brian Krzanich, directeur général d’Intel.

Investir en France... puis filer avec l’argent public

Intel a pourtant beaucoup investi dans les centres de Recherche & Développement (R&D) en France ces dernières années, avec notamment son installation il y a un an et demi a Aix-en-Provence, en 2011 à Sophia Antipolis ou encore en 2010 à Toulouse, reprenant l’effectif laissé sur le carreau par Freescale. Mais ces trois sites, en plus de celui de Montpellier qui devait initialement être transféré sur Toulouse, et même celui de Nantes, vont fermer. C’est une incompréhension des plus totales pour les salariés, sachant qu’on leur avait vanté «  qu’avec le crédit impôt recherche [les salariés] revenai[en]t moins cher que les Etats-Unis ou l’Allemagne [...]  » explique Mustapha Aqachmar, délégué CFE-CGC, seul syndicat représentatif chez Intel France. Un salarié d’Intel à Toulouse depuis 4 ans, souligne un autre problème : "Ce que l’on constate c’est que ces entreprises sont preneuses des crédits publics de recherche, quelques millions d’euros quand même, et une fois qu’elles les ont touchés, elles ferment, l’argent s’en va ailleurs, le boulot aussi et c’est nous qui restons sur le carreau".

En plus de ce crédit d’impôt recherche (CIR), réduction d’impôts destinée notamment au centre de R&D, Intel a aussi touché de l’argent public pour investir en France. Comme à Toulouse, où Intel a touché 650.000 € de fonds publics pour s’y installer, ou encore à Montpellier, où 300 000€ avaient été versés par les collectivités locales, pour faire venir Intel il y a 5 ans, pour qu’ensuite la direction annonce sa délocalisation à Toulouse puis, finalement, sa suppression. Une non-considération totale des salariés, gravement affectés par ce genre de manœuvres. Bien qu’un recours légal soit prévu pour le remboursement de la somme, à savoir maintenant si celui-ci va aboutir, et quand bien même c’est le cas, cela ne redonnera pas un emploi aux salariés mis à la porte.

La politique du gouvernement français, qui est de prioriser l’entreprise aux détriments des salariés (avec pour dernier fer de lance du gouvernement, le CICE, qui a déjà donné plus de 23 Milliard d’euros au patron, sans pour autant créer de l’emploi) et leur donner toujours plus de libertés de licenciements (l’un des objectifs de la loi Travail), n’est pas ce qui va contribuer à créer ou maintenir des emplois, et c’est une réalité qui touche aujourd’hui les salariés d’Intel, mais ce ne sont ni les premiers, ni les derniers.

Les salariés Toulousains frappés de plein fouet par les suppressions d’emplois

Outre la fermeture du site d’Intel de Toulouse et la perte de 280 emplois, Latécoère a annoncé la suppression de 300 emplois sur la région mais aussi l’université Paul Sabatier de Toulouse qui lutte contre la suppression de 200 postes ou encore les hôpitaux toulousains combattant la restructuration du milieu hospitalier. Il apparaît être une tâche importante, de plus dans un contexte de lutte sociale contre la loi Travail, que les travailleurs fassent bloc ensemble, car ces attaques ne sont en aucun cas déconnectées les unes des autres, elles ont des ennemis communs : Le patronat et l’État, qui précarisent et licencient à tour de bras les travailleurs pour leurs propres intérêts.