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Conditions et accidents de travail

Intérimaire dans une usine de fabrication de bateaux, M. manque de perdre son doigt

Publié le 27 juillet 2016

Correspondant

Intérimaire dans une usine de fabrication de bateaux en Charente-Maritime, M. a failli perdre son doigt dans un accident du travail. Cet accident en dit long sur le statut des travailleurs intérimaires aujourd’hui.

M. a été recruté au mois de mai par Adecco par un sous-traitant de fabrication de voiliers. Son premier jour de travail il fait un premier poste où il ponçait des pièces. Le chef lui demande alors de se mettre sur une autre machine, une fraiseuse. Malgré le changement de poste, les mesures de sécurité ne suivent pas : pas de gants adaptés au poste, et aucune indication de la part du chef sur la présence d’un bouton de sécurité en cas de problème.

Dans la machine sur laquelle il travaille, on passe des pièces par la fraise, l’une après l’autre. On les manipule avec les mains. Au bout d’une heure sur la machine, un bout du gant de sa main gauche est pris dans la machine et un doigt est écrasé.

Heureusement M. a l’habitude des boulots dangereux. De toutes façons on n’a pas le choix quand on est intérimaire. Il a déjà travaillé dans le passé dans les chantiers de construction, ou même à ArcelorMittal en Belgique, trois mois par an. Heureusement, M. a aussi des réflexes rapides car il réussit à faire l’arrêt d’urgence avec la main droite.

La douleur est insupportable. A cela s’ajoute la peur que la machine se remette en route. Un cri de douleur et des cris de secours attirent ses collègues qui sont paniqués. Les sapeurs-pompiers le conduisent aux urgences. Contrairement à des dizaines de travailleurs en France qui chaque jour finissent mutilés, il aura de la chance : alors qu’il pensait perdre sa main, finalement rien n’est cassé.

Après l’hôpital va commencer le fastidieux travail bureaucratique pour avoir droit aux indemnisations liées aux ITT. Il se rend de nouveau à l’usine pour faire le rapport de l’accident du travail avec le patron. Mais, en tant qu’intérimaire, il doit aussi se rendre à Adecco pour faire un deuxième rapport, pour enfin faire la démarche auprès de la sécu. Une fois à la sécu on lui demande une attestation de paiement, car sans elle il ne peut pas avoir droit aux indemnités. C’est là où ça cloche : pour Adecco, parce qu’il n’a travaillé que trois heures avant son accident, parce que, d’après leurs mots, il « venait seulement de commencer », il n’aurait pas droit à une attestation de paiement ! La sécurité sociale va appeler cinq fois Adecco et pendant un mois la boîte d’intérim refusera de lui fournir une attestation de paiement avec le même argument, « il venait de commencer ». Heureusement les agents de la sécu son compréhensifs et se rangent de son côté face à Adecco.

Face à ce refus, il n’a pas d’autre choix que de se rendre sur place et demander des comptes à la boîte d’intérim. Une fois sur place, ils ne font pas les fiers lorsqu’il leur lance « alors, comment ça je venais de commencer ? ».

Finalement M. a réussi à obtenir les papiers nécessaires pour la sécurité sociale. Cette histoire n’est certainement pas un cas isolé. Combien d’intérimaires ont été victimes d’accidents de travail ? Combien de ces accidents ont entraine un handicap permanent ? Combien de ces accidents ont été mortel ? Le mépris des agences d’intérim n’est que l’autre aspect d’un statut qui les expose plus facilement aux accidents, car pour ces agences ils n’ont aucun droit puisqu’ils ne sont « que de passage ».

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