Politique

Face à la menace de perturbation des festivals

Intermittents/ assurance chômage : échec des négociations. Reculade ou manœuvre du gouvernement ?

Publié le 16 juin 2016

C’est acté. Après quatre mois, le MEDEF et les organisations syndicales ont échoué à trouver un "accord" sur la nouvelle convention UNEDIC. Si l’exécutif a pour le moment prorogé d’un an la convention existante, il souhaite que les négociations sur le régime général reprennent à la rentrée. En ce qui concerne la question explosive des intermittents, le gouvernement a décidé de reprendre la main et de mettre en place par décret de l’accord du 28 avril portant sur le régime spécifique, acquis suite aux luttes et aux occupations du mois d’avril. Alors que les intermittents menaçaient de perturber les festivals, le gouvernement souhaite-t-il éteindre l’incendie en vue d’éviter une mobilisation cet été ? A un an des élections présidentielles, cette nouvelle concession n’est-elle pas un recul tactique pour éviter tout rebond de la mobilisation contre la loi Travail ? Quoiqu’il en soit, il semble que ce serait reculer pour mieux préparer de futures attaques qui se dessinent sur le régime général de l’assurance-chômage.

Yano Lesage

Le fruit de la lutte

« Séparation de l’Etat et du Medef », c’est ce que l’on pouvait lire sur la banderole encore brandie ce matin par les intermittents en lutte devant la Chapelle de la Visitation à Limoges.

De Limoges, où le Centre Dramatique National était occupé, rappelant les occupations de la Comédie Française et des théâtres du mois d’avril, à Avignon, où la grève avait été votée à plus de 75% parmi les salariés et intermittents qui préparent actuellement le festival « in » ce jeudi 16 juin, la contestation des intermittents avait repris ces dernières semaines. Le point d’orgue ayant été, la très médiatique occupation du Medef réalisée par la Coordination des intermittents et des Précaires (CIP) d’Ile-de-France, la semaine dernière. Car c’est en effet la mobilisation des intermittents pour la défense du régime spécifique d’assurance-chômage mais également pour le régime général comme le défend le CIP, qui a eu raison des attaques du Medef et du gouvernement. Le 28 avril dernier, le mouvement d’occupation des théâtres, avec notamment, pour le plus emblématique et médiatique, de la Comédie Française, réprimé par la force avait fait entendre raison aux employeurs du secteur des spectacles et permis la mise en place d’un accord assurant un retour au régime d’indemnisation de 2003, avançant des améliorations pour lutter contre la précarité et une meilleure indemnisation des intermittents, avec cependant, comme limite, l’avancée d’un plan d’économie de 80 à 90 millions d’euros.

Face à l’opposition du Medef et son refus de signer l’accord,le gouvernement tente d’éteindre les braises en décidant de valider l’accord par décret et en proposant une rallonge budgétaire garantie par l’Etat pour satisfaire le cadrage financier, bien que celle ci soit jugé insatisfaisante aux yeux des intermittents car remettant en cause le principe de solidarité interprofessionnelle. C’est clairement la menace de perturbation des festivals, annoncée par les intermittents en cas de non-application de l’accord du 28 avril, et la possibilité de voir la contestation sociale des trois derniers mois se prolonger à l’été, qui a fait reculer le gouvernement.


Une manœuvre en cours ?

Si la négociation sur la nouvelle convention UNEDIC a échoué, c’est aussi dans le contexte d’une transformation du rapport de force qui s’est mis en place durant ces dernières semaines. Alors que le Medef a posé son véto à toute hausse des cotisations sociales, les organisations syndicales ont elles, refusé que les négociations portent uniquement sur le volet des économies sur les allocations chômages. « aucun syndicat n’apposera sa signature au bas d’un texte qui ne comporterait que des reculs pour les demandeurs d’emploi » a commenté Eric Aubin, pour la CGT. Sans accord signé, c’est ainsi un statut quo dans la convention UNEDIC qui se poursuit. De quoi ravir l’ensemble des organisations syndicales "contestataires", mais aussi le gouvernement et son bras droit la CFDT. Une épine de moins dans le pied du gouvernement, qui a déjà fort à faire avec la loi Travail, sur des attaques qu’il ne s’agit que de reporter à Septembre ou plus probablement pour la droite l’année prochaine. Mais c’est aussi une position qui satisfait la CGT qui maintient la convention existante. Le MEDEF joue lui le beau rôle de celui qui aura tout fait échoué. 

Reporter la négociation, c’est aussi jouer sur la montre notamment sur l’accord pour les intermittents devrait être acté fin juin, reste la question du régime général. Or, les luttes des années précédents l’ont bien montré, les intermittents, par leurs capacités d’organisation et de perturbation, ont toujours joué un rôle sur les négociations concernant l’assurance-chômage. Isoler la résolution de leur régime d’indemnisation, concéder l’application de l’accord du 28 avril, permet également de les détacher des prochaines négociations sur le régime général. La concession faite aux intermittents pourrait bien cacher, les prévisions du patronat et du gouvernement, à s’attaquer au plus gros, et le plus durement aux régime général d’assurance-chômage. Quitte à revenir sur l’accord du 28 avril dans un second temps.