Notre classe

Après le rejet de l’accord du 28 avril

Entêtement du MEDEF et retour de flamme chez les intermittents. Interview de Cyril, comédien

Publié le 7 juin 2016

Alors que le Medef refuse d’entériner l’accord du 28 avril sur l’assurance-chômage, obtenu après plusieurs semaines de lutte et d’un mouvement d’occupation des théâtres, les intermittents reprennent leurs luttes. Ce lundi, ils ont manifesté leur colère en occupant le siège du MEDEF. Pendant l’action, Loïc, de la compagnie Jolie Môme, a étéagressé par le chef de la sécurité du MEDEF, puis mis en garde-à-vue. Depuis le rassemblement de soutien qui se tenait devant le commissariat du 7e arrondissement, nous avons interviewé Cyril, comédien, sur ce retour des intermittents dans la lutte.

Propos recueillis par Flora Carpentier

Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s’est passé avec le MEDEF par rapport à l’accord qui avait été trouvé ?

L’accord du 28 avril, ce qui s’est passé c’est qu’il y a eu depuis plusieurs mois une négociation entre partenaires sociaux sur la convention UNEDIC et que dans le domaine du spectacle, ce que l’on appelle les annexes 8 et 10, les partenaires sociaux concernés par les activités spectacles se sont retrouvés à part pour une négociation sectorielle sur la future refonte des annexes 8 et 10. A l’intérieur de cette négociation un peu à part, les partenaires du secteur, juste de la branche spectacle, sont parvenus à un accord qui remettait en place certaines dispositions d’avant la réforme de 2003 et qui permettraient, si elles étaient acceptées, une meilleure indemnisation des professionnels du spectacle. Mais évidemment, cet accord n’est finalement qu’un accord de principe puisque les seuls habilités à signer la convention UNEDIC ce sont les négociateurs centraux qui sont à la tête du MEDEF et des organisations syndicales et, pour eux, de ce point de vue là, rien n’est fait. Ce ne sont pas des gens d’une branche, ce sont des gens qui s’occupent de la négociation UNEDIC pour tous les chômeurs de toute la France. Donc ce qui s’est passé c’est que, pour l’instant ceux qui ont négocié cet accord de secteur pour le spectacle ont essayé de le faire passer dans l’accord global de la convention UNEDIC général et bien sûr le MEDEF et la CFDT s’y sont opposés. Le MEDEF central et la CFDT centrale s’y sont opposés bien que, dans la branche spectacle, les employeurs du spectacle avaient accepté de revenir sur des dispositions qui avaient pourtant été mises en place à partir de 2003, et cela représentait pour les salariés du spectacle un petit plus pour les moments où ils seraient au chômage. Même ce petit plus, ça ne passe pas.

Et face à ça vous avez décidé de vous remobiliser ?

Oui, d’une part puisque que les professionnels du spectacle, les salariés, défendaient pour beaucoup ce retour à une indemnisation moins inégalitaire et moins injuste que celle en vigueur depuis 2003. Pour contrer ce courant présent dans la société français où on essaie de sauver ce qui peut l’être, là c’est une nouvelle démarche, revenir à des situations où les droits étaient meilleurs, conquérir de nouveaux droits pour le futur, conquérir ceux que l’on a perdus. Il faut mettre cette démarche en route pour tous les salariés, tous les précaires, tous les chômeurs donc aussi pour les intermittents du spectacle. Il y a ça à défendre.

Il y a une occasion, puisqu’il y a tension avec les partenaires sociaux, il se pourrait que la refonte de l’UNEDIC n’ait pas lieu et si elle n’a pas lieu le gouvernement doit prendre un décret pour décider de comment les chômeurs de toute la France seront indemnisés. Dans ce cadre là, essayer que les salariés du spectacle fassent pression sur le gouvernement pour que, au moment où il prenne ce décret, il intègre dans ce décret l’indemnisation plus favorable des intermittents du spectacle, enfin la moins défavorable possible. C’est-à-dire mettre ce décret du 28 avril dans le décret gouvernemental si jamais les partenaires sociaux ne s’entendent pas. Sinon, continuer le combat même s’il y a une signature d’une nouvelle convention UNEDIC, que cette convention intègre la partie spectacle.

C’est le mouvement des intermittents qui reprend ?

Déjà, il n’était pas complètement éteint, parce qu’il y a une braise sous la cendre. Certains vérifient au jour le jour sur quels événements on peut peser, s’inviter. Dimanche, on s’est rassemblés en AG aux ateliers Berthier. La salle était pleine, on était donc au moins 600. Cette AG a été le moment de souffler sur la braise.

Sinon, des intermittents passent aussi à Nuit Debout, voir les raffineurs, voir les autres secteurs en grève pour montrer leur solidarité.

Vous êtes donc également mobilisés pour le retrait de la loi travail ?

Oui bien sûr parce que déjà la loi travail elle nous touche nous, un des articles de la loi autorise le travail amateur sur scène, c’est-à-dire du travail non payé sur scène et cela est très dangereux pour tous les gens qui travaillent. En plus, la loi Travail touche tous les salariés en général, et quand tous les salariés sont touchés par une loi avec régression des droits, dangers sur les salariés, cela se répercute aussi sur les spectacles.