Notre classe

Face aux politiques racistes et xénophobes, un seul mot d’ordre : solidarité de classe !

Interview. Des cheminots de Versailles organisent la solidarité avec les réfugiés

Publié le 7 novembre 2016

Le syndicat CGT Cheminots de Versailles a lancé une campagne de soutien aux réfugiés après que les élus des Républicains de Maurepas aient tenté de bloquer l’arrivée des cars transportant les migrants expulsés du camp de Stalingrad à Paris. Révolution Permanente a interviewé Mathieu, secrétaire de la CGT Cheminots de Versailles et conducteur de la ligne C du RER, pour parler de cette belle initiative de solidarité de classe. Un appel est lancé à tous les cheminots et une collecte s’organise le mardi le 8 novembre au local syndical de la CGT à la gare de Versailles Chantiers. Une initiative nécessaire, à faire connaître et à reproduire partout où cela est possible. Un exemple de comment les organisations du mouvement ouvrier peuvent se mettre au service de la construction d’une jonction entre les travailleurs organisés et les secteurs les plus vulnérables de notre classe, à un moment où le matraquage médiatique essaie de casser toute tentative de solidarité, en appliquant la politique de « diviser pour mieux régner ».

Propos recueillis par Laure Varlet

Révolution Permanente : Avec le syndicat CGT Cheminots de Versailles, vous avez décidé de lancer une campagne de solidarité avec les migrants. Est-ce que tu peux nous raconter en quoi consiste l’initiative et nous expliquer un peu vos motivations ?

Mathieu : Tout a commencé lorsque nous avons appris qu’à peu près 80 réfugiés, expulsés du camp de Stalingrad à Paris, qui devaient être re-dispatchés dans des centres en France, allaient devoir être hébergés provisoirement dans les Yvelines pour 3 semaines, en hébergement d’urgence, dans le gymnase de Maurepas. Des élus des Républicains de Maurepas, qui sont dans la majorité municipale, ont décidé de bloquer, avec leurs voitures et leurs écharpes tricolores, l’arrivée des cars des réfugiés. Ils ont dû être relogés en urgence à la salle des fêtes. Pour s’y opposer, les élus ont utilisé des arguments dégueulasses, par exemple le fait que les réfugiés allaient empêcher que nos enfants puissent profiter du gymnase, ou encore des invectives hygiénistes du genre « ça va donner des tics à nos enfants ». C’est donc leur action et ce discours nauséabond et inadmissible qui nous ont fait réagir. Nous, en tant que syndicat, on s’est mis en contact avec les associations d’aide aux réfugiés. Il y a un collectif avec une dizaine d’associations pour l’accueil des réfugiés dans les Yvelines qui nous ont dit qu’ils avaient besoin de vêtements, de chaussures, de paracétamol, de plein de choses pour aider les réfugiés. Nous, on s’est dit qu’en tant que syndicat on pouvait déjà dénoncer publiquement l’attitude inadmissible de ces élus, et puis aussi essayer d’apporter notre soutien concret.

R.P. : Qu’est-ce que vous avez décidé de faire concrètement ?

M : On a décidé de faire une permanence au local de la CGT Cheminots de la gare de Versailles Chantiers, le 8 novembre de 10 à 16h, pour permettre à tous les cheminots du site de venir amener ce qu’ils peuvent apporter, pour une première collecte d’urgence. C’est une manière aussi de relayer cette situation et d’ouvrir une discussion auprès des cheminots du site, en essayant de construire une convergence entre l’organisation syndicale, les travailleurs locaux et les associations d’aide aux réfugiés. Car on pense qu’il y a une urgence humanitaire aujourd’hui, mais si demain les réfugiés s’installent, il va falloir qu’on soit prêt à les soutenir, et y compris les défendre contre ce type d’actions mené par les élus, qui ressemble limite à l’action des milices fascistes. S’il faut défendre les réfugiés ça serait bien qu’il n’y ait pas que des associations « humanitaires » qui s’en occupent, mais c’est bien aussi la vocation des organisations syndicales et des travailleurs organisés à l’intérieur des syndicats de prendre cette question en charge. En ce sens, la CGT Cheminots de Versailles a mené par le passé un gros combat aux côtés des travailleurs sans-papiers, pour leur embauche, pour leur régularisation. Ce n’est pas tout à fait la même chose que les réfugiés mais il y a un point commun, c’est que pour nous ces gens ne sont pas des étrangers, ce sont des gens de notre classe ! Notre patron, bien qu’ayant un passeport français, nous est plus « étranger » que ces gens-là au final. La question pour nous est de construire la solidarité des travailleurs entre eux. Il y aussi quelque chose qui n’est pas assez popularisé et je voulais partager avec vous, c’est que nos élus CGT au CCE de la SNCF ont fait voter le principe de mettre à disposition les installations, les camps de vacances, etc pour les réfugiés lorsqu’ils ne sont pas utilisés par les cheminots.

R.P. : On nous explique souvent que les travailleurs et les syndicalistes ne doivent pas « faire de la politique », qu’on doit se préoccuper des questions qui relèvent uniquement de nos conditions de travail au sein de l’entreprise… Pourquoi il est important que les travailleurs et les syndicats ici en France organisent cette solidarité de classe ?

M : C’est important que le mouvement syndical se prononce sur tout ce qui se passe. D’abord, parce qu’il faut être à contre-courant de ces campagnes nauséabondes qui vont de pire en pire à l’approche des élections présidentielles. C’est notre rôle en tant que syndicalistes de se mettre au front de cette tâche, de susciter le débat, parce qu’il est vrai qu’il y a des cheminots, y compris des sympathisants et des syndiqués, qui sont victimes du matraquage médiatique là-dessus. C’est important donc qu’on parle de ces sujets à l’intérieur du syndicat et de l’entreprise, qu’on montre l’exemple. Parce que malheureusement les travailleurs ne sont pas imperméables au discours fascisant, donc c’est aussi le rôle du syndicat de mener une discussion là-dessus : ce n’est pas à cause des migrants qu’on a des baisses de salaires, des suppressions de postes. Il y en beaucoup qui nous ont dit qu’ils allaient ramener des vêtements, des médicaments, et beaucoup de non-cégétistes aussi. Il faut en parler sans tabou, parce qu’il y a des travailleurs qui se battent, qui font grève, qui ont été là pendant le mouvement contre la loi travail, mais que sur ces questions ils ne voient vraiment pas clair. Et on va toujours nous balancer qu’on fait de la politique, qu’on ne s’occupe pas des « vrais problèmes » des travailleurs, mais sauf que ceux qui nous disent ça, ce sont en général ceux qui en font le plus de politique, mais par contre ils font de la politique dans les couloirs du Parti Socialiste. Donc il faut se méfier de ce discours-là.

Nous, on essaie de mettre en lumière le fait que c’est la politique de nos gouvernements, et du capital impérialiste, qui conduit à des guerres, crée des flux migratoires, et ces gens-là sont ici parce qu’on ne leur laisse pas le choix. Il y a des gens qui passent des lingots par le Panama, mais ceux-là personne ne les surveille… Le capital établit beaucoup de frontières pour les travailleurs, mais pas tellement pour les flux financiers. Et tout ça, ça provoque des discussions. Les réfugiés sont victimes de la même politique qui va supprimer nos postes, et qu’il faut qu’on se défende tous ensemble. Ce n’est pas facile, c’est à contre-courant mais ça en vaut la peine.