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Notre classe

Anthony, agent commercial SNCF dans la région de Paris Nord

Interview. "La journée de grève du 9 doit être prise au sérieux et nous servir de tremplin"

Après le passage en force du pacte ferroviaire, les annonces de réorganisations et de suppression de postes, notamment dans le secteur commercial, vente, escale, accueil en gare, pleuvent à la SNCF. Révolution Permanente a interviewé Anthony, agent commercial sur la ligne H du Transilien pour revenir sur la situation et les possibles perspectives, à commencer par la journée de grève interprofessionnelle du 9 octobre.

Crédit photo : LouizArt

Révolution Permanente : L’encre de la signature du pacte ferroviaire n’a même pas encore séchée, que la direction commence déjà à mettre en place des réorganisations et suppressions de postes. Chez vous, sur la ligne H du Transilien, cela s’annonce comment ?

Anthony : Sur la ligne H, nous n’avons pas encore d’annonce précise sur des suppressions de postes au commercial, mais malheureusement on voit que sur d’autres établissements parisiens le massacre des agents commerciaux démarre petit à petit . La certitude est que le métier de commercial est en perdition totale et nous savons pertinemment que nous allons bientôt subir des réorganisations ainsi que suppressions de postes. À mon sens la ligne H pourrait intéresser fortement des repreneurs du fait que cette ligne est comme un modèle tant au niveau stats de ponctualité mais aussi au sujet du fait que nous sommes une ligne test.

Ces réorganisations, en plus d’être évidemment un massacre à l’emploi et une situation de véritable incertitude pour de nombreux agents SNCF, sont la mise en pratique de la casse annoncée du service public. Moins d’agents en gare, dans les guichets et à l’accueil signifie ni plus ni moins que la galère totale pour de nombreux usagers qui auront besoin de nous mais ne nous trouveront plus dans les gares pour les aider... L’application du pacte ferroviaire que nous avons dénoncé et combattu pendant plus de trois mois de grève, et que nous continuons de combattre, est "en marche", et je souhaite alerter les usagers là-dessus.

RP : Ces derniers jours, nous avons vu Pepy s’enflammer dans les medias. D’abord il a dit que la suppression de postes et de guichets n’étaient pas un problème, qu’il suffit de composer le 3635. Ou encore plus récemment en assumant les mensonges qu’il a tenu pendant la bataille du rail, puisque maintenant il dit qu’on "ne peut pas avoir une SNCF à deux vitesses", ce qui veut dire noir sur blanc que le statut des cheminots ne pourra pas être maintenu... Que disent tes collègues par rapport à tout ça ? Quelles sont les discussions ?

Anthony : Face aux propos de Pepy, on voit clairement qu’il nous balade depuis un bon moment. Par contre il a le mérite d’être clair et du coup il n’y a plus aucune ambiguïté sur ses intentions de brader les cheminots à la concurrence. Et dire que quelques mois avant on pouvait lire et entendre que le statut SNCF ne serait pas touché... Beaucoup comme moi savaient que le statut allait être attaqué, maintenant lui même le dit. Les commerciaux se posent des questions et savent que le métier va complètement changer et cela fait peur. Il y a beaucoup de colère et incertitude chez les collègues. Je vois une prise de conscience plus importante qu’il y a 6 mois mais je souhaite que tous ensemble on transforme cela avec une véritable lutte.

RP : Qu’est ce qu’il faudrait faire dans cette situation ? Il y a la journée de grève le 9 octobre, tu y participes ? Et après ?

Anthony : Quand on lit les propos de Pepy disant que d’ici 2026 10 à 15% des 140000 postes vont être supprimés avec la digitalisation, il y a de quoi être énervé et aussi se poser des questions sur notre avenir. Il va falloir se battre encore plus car les réorganisations s’accélèrent et il est hors de question de rester les bras croisés, il n’y a pas de raccourci. Les cheminots ont été trahis et il faut renverser la vapeur. Malgré le fait que le gouvernement a réussi à passer en force et à imposer le pacte ferroviaire, on est là, comme disait une de nos chansons pendant la grève, et on exige maintenant l’abrogation de cette réforme ! Les cheminots ne sont pas morts !

Je serais bien évidemment présent le 9 octobre, en grève, en assemblée générale été manifestation. On organise également une nouvelle rencontre Intergare, où tous les grévistes de la région parisienne sont invités à participer pour discuter et échanger de tout ça, et surtout pour réfléchir à la suite et à nos moyens d’action. Cette journée doit marquer un début de reprise d’un mouvement solidaire et également de pouvoir travailler sur des stratégies et actions pour lutter contre une direction et un gouvernement qui veulent en finir avec la digue des cheminots. Le 9 doit être pris au sérieux et nous servir de tremplin. Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner mais ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu !




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