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Notre classe

A PSA Poissy, précarité à la chaîne

Interview. « Pour Peugeot, il y a toujours trop de CDI », raconte Rolland, délégué CGT

Depuis le 5 Décembre, 16 salariés en CDI et 6 intérimaires du sous-traitant de PSA Poissy MC Syncro sont en grève. Interviewé par Révolution Permanente, Rolland Ruiz, Délégué CGT de PSA Poissy nous parle des conditions de travail et de la pression sur les salariés, notamment avec l'utilisation d'une part toujours plus importante d’intérimaires. Nous publions ici la première partie d'un témoignage en deux volets. A lire dans les jours qui viennent : "Aliénation à PSA Poissy : 'Tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler'".

Parle-nous de l’augmentation des intérimaires au sein de PSA Poissy.

« A Poissy, début 2014 on était 6000, et il y avait beaucoup moins d’intérimaires. Là, on a dû passer en dessous de 5000, avec environ 700 intérimaires. Pour PSA il y a toujours trop de CDI dans les usines. Pour se débarrasser des CDI, ils ont fait des plans de départ qui ont été signés par les autres syndicats. Le premier plan c’est le Congés-Sénior, la pré-retraite, 5 ans avant l’age légal de départ à la retraite. Fin Juin 2017 ils vont le repasser à 3 ans. C’est comme ça que PSA gère ses effectifs. Il y a aussi les plans de départs volontaires, pour faire un autre métier avec une formation payée par PSA. Il y a des bureaux, des structures prévues pour accompagner les salariés vers les départs volontaires. Les gens qui ont des restrictions médicales suite à des accidents ou maladies professionnelles, PSA ne veut pas créer de postes adaptés pour eux. Moins il y en a et mieux c’est. Donc ils les orientent vers la sortie, congés sénior, plan de départ, comme pour les gens valides, ils procèdent pareil. Tout ça pour vider les usines de CDI, et les remplacer avec des intérimaires. C’est le contraire des plans d’embauche en réalité ».


Quelle est selon toi la stratégie de PSA ?

« Il y a plusieurs boites d’intérim différentes carrément attitrées à PSA, et qui sont en concurrence entre-elles. Du coup il faut que les boites d’intérim se tiennent bien sinon elles se font dégager par PSA, et les intérimaires avec. Donc ils ont une certaine ligne de conduite à avoir, de pas faire grève de ne pas écouter les syndicats, de n’écouter que les chefs. Il y a un rituel qui est fait de préparation des intérimaires de la part de ces boites qui sont directement et exclusivement en lien avec PSA. Quand on discute avec les intérimaires ils nous le disent : les consignes c’est de ne pas nous parler (aux syndiqués). Les portables doivent être fonctionnels en permanence pour que les boites d’intérims puissent éventuellement envoyer des consignes a leurs employés par SMS, par exemple « ne suivez pas la grève », etc... C’est PSA qui donne ces directives a la base, et si les boites d’intérim les suivent pas elles sont exclues. A Aulnay, quelques années avant que ça ferme, on avait des lignes complètes d’intérimaires, le seul employé c’était le chef. Les intérimaires sont en réalité des ouvriers à plein temps qui, à cause de la précarité de leur situation, font leur boulot sans broncher. »

Comme à Aulnay et maintenant Caen et Valenciennes, PSA Poissy est dans une période de compactage de ses usines. Quels en sont les impacts sur les conditions de travail ?

« Il y a eu une montée de cadence très rapide de la 208. En 15 jours elle est passée d’une à deux centaines. Et là il y a une semaine elle est passée a 250, par équipe et par jour, avec le même nombre de personnes. Ils ont été obligés de descendre les cadences de la C3 et de la DS3 pour accélérer les 208, vu qu’ils sont passés en mono-ligne. Toutes les voitures différentes sur la même chaine. Beaucoup plus compliqué pour les employés. Il y a plus de fatigue physique et psychologique. Ça génère des erreurs, par la fatigue et les cadences. Là les cadences sont passées de 350 à 370. Si on n’y arrive pas parce qu’il y a eu une panne ou un autre problème ça donne automatiquement des H-, et donc des samedis travaillés.Alors que cette année, les bénéfices ont doublés par rapport à 2015 sur les 6 premiers mois de 2016, il y a moins d’effectifs, avec une cadence plus rapide. Si la cadence ne suffit pas il y a les weekends et les heures supplémentaires. Évidemment ça donne des problèmes de santé. Des fatigues, des tendinites, beaucoup d’hernies discales, canal carpien, canal de guillon... C’est la charge, les mouvements répétitifs. Un gars qui monte 350 vitres de voitures dans la journée, faut bien comprendre qu’à la fin il peut plus soulever ses bras. »

Il y a une grève chez le sous-traitant de PSA MC Syncro, qui implique des intérimaires. Peux-tu nous en parler ?

« Ça fait 16 ans que les intérimaires touchent le même salaire, 1100-1200 euros. Depuis l’entrée en vigueur de l’euro ça n’a pas augmenté. Les grèves d’intérimaires, c’est très rare. Ils ont le problème du 13 ème mois non payé, des heures supplémentaires qui ne sont pas comptées comme les nôtres, le problème de l’avance des jours de chômage, et les jours fériés qui ne sont pas payés. Ça fait beaucoup de choses. Les intérimaires sont tellement formés pour ne pas faire grève, arriver à l’heure, et faire leur travail comme des soldats, que du côté de leurs droits ils ne sont pas du tout informés. C’est à nous de leur expliquer parce que les boites d’intérim ne le font pas. Je leur dit « sur l’usine vous êtes 700, vous avez une force incroyable, on est prêt à vous aider ». Mais ils nous disent souvent qu’ils ne vont pas faire grève si les CDI ne font pas grève, sauf que l’inverse est vrai aussi, les CDI disent la même chose donc à un moment il va falloir se coordonner. Mais ils jouent toujours à se renvoyer la balle entre la direction de PSA et la boite d’intérim. Et puis dès qu’il y a des intérimaires qui ont un peu compris comment fonctionnait la boite et quels étaient leurs droits, ils font tourner les effectifs, ils font un grand turn-over. Et on repart toujours de zéro. PSA calcule tout, ils ont une vraie stratégie de fonctionnement. »


Quelles sont les revendications de la CGT ?

« La base, c’est de revendiquer la retraite à 55 ans, l’embauche des intérimaires, et les augmentations de salaires. Mais au fur et à mesure que le temps passe, on est obligés de se battre sur d’autres revendications comme les heures de travail des intérimaires non payées, etc. Pour ça c’est important de bien comprendre la stratégie de l’entreprise, pour pouvoir l’expliquer.

Mais il n’y a que la CGT qui parle des intérimaires, des augmentations de salaires… les autres syndicats parlent comme le patronat. »


Quel impact pourrait avoir sur le monde ouvrier la probable victoire de Fillon aux prochaines présidentielles ?

Fillon avait augmenté les heures supplémentaires, il les avait passées de 130 à 150 par an par salarié. Il faut rappeler ça. Il y a des ouvriers qui se disent que ça ne sert à rien de voter, qu’ils sont tous pareils. Il n’y a qu’à voir les candidats, il n’y en a pas un qui conteste la loi El Khomri. Que ça soit les candidats aux primaires ou la Le Pen, personne n’envisage de retirer la loi travail. Alors Le Pen donne parfois l’impression de sortir du lot mais en fait pas du tout.

Pourtant si on regarde les programmes des différents candidats à la présidentielle, c’est bien simple, il n’y a que le NPA et LO qui sont contre les licenciements. Donc c’est vite vu.


Propos recueillis par Flora Carpentier et Dam Morrison

Suite et fin de l’interview dans une prochaine édition, où Rolland revient sur la stratégie de PSA derrière la précarisation de l’emploi.




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