^

Monde

Elections présidentielles en République Islamique

Iran : Faux choix entre deux favoris

Il risque de ne pas y avoir de second tour aux élections présidentielles en Iran. Le choix doit se faire entre le sortant, Hassan Rohani, et l’ultra-conservateur, ancien procureur général, Ebrahim Raisi. Mais si les deux ont demandé que le « résultat des urnes soit respecté, quel qu’il soit », c’est parce que la situation est tendue et tous ont à l’esprit le mouvement de 2009.

Tous les ingrédients sont réunis, aujourd’hui, pour un nouveau retour de flamme social et politique. Rohani a remporté les élections en 2013, face à Ahmadinejad, dont la seconde victoire avait été largement contestée par le Mouvement Vert, en 2009, sorte de « printemps arabe » avant l’heure. Rohani s’est posé en président de « l’ouverture » : sous couvert de desserrage de boulons de la chape de plomb liberticide, il fait partie de cette fraction de l’appareil d’Etat, soutenue par une partie de la bourgeoisie, mais opposée aux secteurs conservateurs et qui a la haute-main sur le complexe militaro-industrialo-financier. Ce dernier a voulu la levée des sanctions et un accord sur le nucléaire pour attirer les investissements impérialistes.

Il y a bien eu investissements, notamment de la part de multinationales européennes, hexagonales en tête (PSA, Renault, Carrefour, Eram, etc.), mais sans que cela ne se fasse sentir en termes de retombées économiques immédiates pour la population, bien au contraire. Avec un taux de chômage officiel qui avoisine les 16% et qui grimpe à 30% chez les jeunes, une inflation constante, la fin de certaines subventions pour soutenir la consommation, le tout sur fond de scandales de corruption, les conservateurs ont eu beau jeu de faire campagne contre Rohani, en rappelant qu’il avait bradé la souveraineté nationale contre du vent.

Mais les conservateurs savent également qu’ils ne peuvent jouer avec le feu. Ils partagent avec Rohani la volonté de contrôler une situation sociale et politique tendue dont l’explosion en 2009 a fait vaciller les soubassements du régime issu du renversement du Shah en 1979. C’est la raison pour laquelle leur candidat, Raisi, lorgne quasiment davantage en direction d’une succession du Guide Suprême, Ali Khamenei, que d’une victoire aux présidentielles. Ce serait une façon de continuer à tenir étroitement les rênes du pouvoir tout en laissant une marionnette plus acceptable pour les occidentaux qu’un partisan de la ligne dure, qui s’était illustré dans l’orchestration de massacres de masse de militants de gauche dans les prisons iranienne en 1988. Cette séquence, dernier acte du Thermidor de la révolution de 1979, continue à avoir une grande importance politique dans le pays. C’est ce dont témoignent, d’ailleurs, les nouvelles révélations quant à l’origine de la dégradation des rapports entre l’imam Khomeini et Ali-Hossein Montazeri, figure emblématique de la révolution de 1979, qui portait, précisément, sur ces crimes d’Etat.

Au sein de la jeunesse, notamment, nombreux sont ceux qui ont préféré voter pour Rohani, comme un moindre mal, pour éviter « un retour en arrière ». En attestent les longues queues devant les bureaux de vote qui ont dû fermer plusieurs heures après l’horaire officiel de clôture. Mais pour se débarrasser des ultra-conservateurs et du chômage, il faudra également se débarrasser des soi-disant-réformateurs dont le seul objectif est de devenir des courroies de transmission des investissements impérialistes dans le pays. Pour cela, la jeunesse, les travailleurs et les classes populaires d’Iran auront à renouer avec l’expérience tronquée de 2009, en l’intensifiant et en l’ancrant dans les usines et les entreprises. Le résultat des urnes, qui devrait être officialisé dans la journée de samedi ou dimanche, ne changera rien à cela.




Mots-clés

Iran   /    Proche et Moyen-Orient   /    Monde