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Accord nucléaire iranien

Iran. La France plus compétente dans la vente d’armes que dans le désarmement

La diplomatie française a mis les bouchées doubles, mais elle a failli dans sa mission de convaincre Téhéran d’infléchir sa position dans l’espoir de convaincre Washington de rester dans l’accord sur le nucléaire iranien. L’accord est plus que jamais en danger sur fond de guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE.

Le 4 et 5 mars dernier le ministre des Affaires Étrangères français, Jean-Yves Le Drian, se rendait à Téhéran. Première visite à Téhéran de la part d’un haut dirigeant de l’un des trois pays qui ont signé l’accord sur le nucléaire iranien depuis 2015 (France, Allemagne et Grande-Bretagne). Visite très symbolique donc. Mais pas de d’éclats dans les yeux non plus.

En effet, la visite de Le Drian n’avait pas pour but de valider et légitimer la politique du gouvernement iranien, ni à l’intérieur des frontières ni dans la région. Bien au contraire. Comme la presse conservatrice et pro-régime en Iran l’a signalé, Le Drian venait pour essayer de « séduire » et surtout de convaincre Téhéran de faire des concessions dans sa politique pour que les États-Unis acceptent de ne pas se retirer de l’accord nucléaire.

Dans la ligne de mire de Le Drian se trouvaient le programme iranien de missiles balistiques (qui ne fait pas partie de l’accord sur le nucléaire) et la politique régionale iranienne, notamment en Syrie mais aussi au Yémen. Pour cela le ministre des affaires étrangères comptait sur un « renfort de taille » : le président français en personne qui durant le week-end s’est entretenu au téléphone avec les dirigeants russes, turques et iraniens.

La France, et l’UE, cherchent à sauver l’accord sur le nucléaire face à l’ultimatum lancé par l’administration américaine qui a donné jusqu’à la mi-mai pour que l’UE arrive à combler les « lacunes » de l’accord. Même s’il existe un enjeu géopolitique et régional à maintenir cet accord et éviter que l’Iran se lance à nouveau dans son programme nucléaire, on ne doit pas oublier un autre aspect central : le commerce avec Téhéran. Pour les multinationales européennes cet accord signifie une grande opportunité pour gagner de nouveaux marchés. Cela est moins le cas pour les entreprises nord-américaines. Et le retour des sanctions unilatérales de Washington pourrait mettre un obstacle pour le développement de ces affaires.

Cela a été « un dialogue dur, sans concession » selon Le Drian. Mais ces discussions ont été surtout un échec pour la diplomatie française. Les dirigeants iraniens n’ont cédé sur absolument rien. En effet, même si l’Iran a aussi intérêt à sauver l’accord, les exigences de la France et de l’UE étaient complètement en dehors du rapport de forces et de la réalité iranienne dans la région.

En effet, l’échec de la France en Iran montre que les rapports de force internationaux ont changé et que la position de l’Iran s’est renforcée depuis l’échec de l’invasion de l’impérialisme nord-américain en Irak et notamment au cours de la guerre en Syrie. En même temps que le recul de l’hégémonie des États-Unis dans la région ouvrait des opportunités importantes pour que l’Iran développe son influence au Moyen-Orient, celui-ci s’exposait à des dangers plus importants aussi. L’agressivité des rivaux régionaux de l’Iran, l’Arabie Saoudite et Israël, s’est ainsi exacerbée.

Dans ce cadre la demande française de limiter le programme balistique iranien apparaît comme hors de propos et en dehors de la réalité. Il en va de même pour la remise en question de la politique régionale iranienne. Cela d’autant plus que les puissances impérialistes européennes sont beaucoup plus discrètes à l’heure de faire les mêmes exigences à d’autres régimes réactionnaires de la région (mais amis des occidentaux) comme Israël ou l’Arabie Saoudite.

En attendant, la diplomatie française s’est montrée beaucoup moins efficace à l’heure de « convaincre un partenaire » de se désarmer qu’à l’heure de décrocher des contrats en ventes d’armes, notamment Jean-Yves Le Drian ancien ministre de la Défense de Hollande et réputé VRP des l’industrie de l’armement française. Il faudra en tout cas plus de garanties pour arracher des concessions à la République Islamique face aux menaces de Washington.

Photo : Flickr | Guerric.




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