Monde

Face aux violences du gouvernement indien et de son armée

Irom Sharmila. La fin de la plus longue grève de la faim du monde

Publié le 9 août 2016

Irom Sharmila, militante de l’État de Manipur (État du Nord-Est de l’Inde), était nourrie de force par sonde nasale depuis 16 ans dans le cadre de la plus longue grève de la faim dans le monde. Sous le prétexte de la loi indienne selon laquelle la tentative de suicide est un crime, elle a été emprisonnée de nombreuses fois et a été sous contrôle judiciaire depuis le début de sa grève. Elle s’est mise en grève de la faim le 4 novembre 2000, deux jours après que les troupes de l’armée indienne ont tué 10 personnes, y compris des adolescents, à Malom à coté de la capitale de Manipur.

Thabitha Kotravaï

Elle s’était engagée contre le gouvernement indien qui commet des atrocités au sein de la population de Manipur par le biais de la loi "Armed Forces (Special Powers) (AFSPA)", introduite en 1958, qui est tout simplement un « permis de tuer », un plein pouvoir donné à l’armée sous prétexte d’une « suspicion raisonnable » dans les « régions dérangées » par des revendications séparatistes. Des lois similaires sont également utilisées à Jammu et Cachemire. Il s’agit d’une répression brutale de l’État indien, avec une armée indienne qui tue (entre 2005 et 2015, plus de 5000 personnes ont été tuées par l’armée) et qui viole les femmes de Manipur et un gouvernement qui maintient un État corrompu avec un peuple exploité et dans la misère.

Dans la journée, Irom Sharmila a pu se libérer du contrôle judiciaire en passant par le tribunal. Terminer sa grève de la faim en ingérant un peu de miel aujourd’hui à Imphal, fut un moment émouvant pour elle. Pour les prochains jours, la militante ne peut que consommer des aliments liquides, sous surveillance médicale.

Irom Sharmila a confirmé dans une conférence de presse, devant des centaines de soutiens, étudiants et associations, qu’elle poursuivra sa lutte en se présentant aux prochaines élections de Manipur. Elle tire le bilan que son « combat solitaire » n’a pas pu atteindre son but, qui consiste à faire abroger la loi qui donne les pleins pouvoirs à l’armée indienne. Irom Sharmila est aujourd’hui considérée comme un symbole de résistance pacifique, et se présentera en tant que candidate indépendante en prônant la non-violence et en refusant de s’allier avec un parti politique.

Lors de la conférence de presse, la militante s’est adressée aux membres du gouvernement : « Monsieur le Premier Ministre, vous avez besoin de la non-violence à cet âge. Sans cette loi draconienne, vous seriez capable de vous connecter avec nous. Le premier ministre Modi a besoin de suivre la voie de non-violence de Gandhi ». Mais la non-violence suffira-t-elle réellement face à la violence répressive de l’Etat indien ? Ou encore face à Modi, premier ministre membre d’un parti d’extrême droite connu pour les violences qu’il a pu perpétrer envers les populations musulmanes, que Modi a lui-même cherché à camoufler ?

Irom Sharmila a un certain niveau de légitimité et de confiance auprès du peuple de Manipur, dans un contexte de méfiance généralisée vis-à-vis des partis politiques ; mais la situation reste ouverte en ce qui concerne ses chances d’occuper une place importante dans les élections. En outre, sa popularité médiatique pourra-t-elle compenser son absence de lutte politique face à ce gouvernement néolibéral, raciste et réactionnaire ?

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Mots-clés Inde