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Société

Climat islamophobe post-attentats

Islamophobie. Zara interdit à une femme voilée d’entrer dans son magasin

Flora Carpentier Au lendemain des attentats de Paris, une femme portant un hijab (foulard islamique) s’est vu refuser l’entrée du magasin Zara de Plaisir (78). La vidéo de la scène, visionnée plus de 149.000 fois sur Youtube et plus de 245.000 fois sur Facebook, a déclenché un véritable tollé sur les réseaux sociaux. Plusieurs centaines d’internautes scandalisés à juste titre par cet acte islamophobe en ont appelé au boycott de la marque.

Depuis samedi, Zara ne parvient pas à faire taire la colère des internautes. A chaque publication sur son mur Facebook, la marque espagnole doit essuyer des centaines de commentaires en français, en anglais ou en espagnol, de clients se disant profondément choqués et scandalisés, et appelant au boycott de Zara. Certains utilisateurs de Facebook ont même troqué leur photo de profil (comble de l’ironie, souvent parée de tricolore) par une photo « Je ne suis plus ZARA ». Dans un premier temps, l’enseigne a commencé par répondre aux commentaires en présentant ses excuses et en annonçant que le vigile et le responsable du magasin avaient été sanctionnés.

Il faut dire que la mobilisation des internautes, prenant une ampleur internationale, risque d’entacher l’image de cette marque prospère que les analystes décrivent souvent comme l’enseigne « qui résiste à la crise », avec des milliards d’euros de bénéfice chaque année. Avec une touche d’ironie, les clientes ne se sont pas privées de rappeler que Zara s’enrichit notamment en vendant ces fameux foulards. Prenant conscience du danger encouru, la multinationale a été contrainte de publier dès dimanche un communiqué d’excuses.

Elle y revendique ses « 140.000 employés dans le monde, représentant une riche multitude de cultures et de religions ». La marque aurait été plus sincère si elle avait mentionné les millions de clients qu’elle avait dans le monde et notamment dans les pays arabo-musulmans, et les milliards de bénéfices qui en découlaient. On aurait alors rapidement fait le parallèle avec la gêne suscitée par cet acte odieux. On aurait aussi plus aisément compris pourquoi la direction de Zara n’avait pas hésité à mentir en affirmant dans son communiqué que le PDG de Zara avait lui-même contacté la cliente victime d’islamophobie, et que « les responsables de cet acte ont été immédiatement démis de leurs fonctions, notamment la manager du magasin Zara Plaisir ». Un porte-parole de Zara a ensuite démenti ces affirmations auprès de l’Express, les plaignantes n’ayant pas été contactées par le PDG mais par le directeur général de la filiale, et les salariés n’ayant pas été licenciés mais « suspendus pour le moment afin de pouvoir mener une enquête en interne ».

La façon dont l’enseigne cherche à se dédouaner de toute responsabilité, en voulant faire peser sur le vigile ou sur la manager du magasin toute la responsabilité de cet acte, est parfaitement scandaleuse. Il est fort probable que le vigile ait répondu, même si ça ne le dédouane pas, à des consignes douteuses de la part du magasin qui, dès le lendemain des attentats, avait instauré le contrôle des sacs des clients. Ce refus de laisser une femme entrer dans une boutique au motif qu’elle porte le voile est à inscrire dans le climat islamophobe qui s’est aggravé au lendemain des attentats du 13 novembre. Les déclarations des hommes politiques, qu’ils soient du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite, et les mesures prises par Hollande portent une lourde responsabilité dans la montée des violences racistes contre la communauté musulmane ou les personnes assimilées comme telles. L’attitude scandaleuse de Zara n’est donc aucunement due au hasard ou à un acte isolé d’islamophobie mais répond bien à la même logique nauséabonde de l’amalgame entre terroristes et musulmans, qui vise avant tout à diviser notre camp social.




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