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Monde

Deux peuples, deux États : la solution avancée par le Vatican

Israël-Palestine. Le Pape plus à gauche que Trump ?

Alors que Jérusalem est à nouveau au cœur de tous les débats et de toutes les inquiétudes depuis l’annonce par Donald Trump du transfert de l’ambassade US, le Pape François a tenu à faire entendre un autre son de cloche, depuis la Place Saint-Pierre. Il en faudrait un peu plus pour en faire une nouvelle référence « de gauche », quoi qu’en disent ses admirateurs qui « saluent son courage ».

C’est donc par un message plus politique que religieux que le pape François a commencé sa traditionnelle bénédiction à la ville et au monde, le 25 décembre. Après une homélie de Noël consacrée aux réfugiés, la veille, c’est donc vers la Terre Sainte qu’il s’est à nouveau tourné, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre d’où sont prononcés les discours. Marie et Joseph, fuyant Nazareth, seraient, selon le souverain pontife, l’incarnation des réfugiés du XXI° siècle. Les enfants du Moyen-Orient, d’Irak, de Syrie, du Yémen, mais aussi d’Afrique, du Sud-Soudan, de Somalie, du Burundi, de RDC, de RC et du Nigéria, seraient l’image de l’Enfant -Jésus souffrant. Quant à « nos cœurs », ils seraient « fermés », à l’instar de ces maisons de Bethléem dont les portes seraient restées closes, forçant Marie à donner la vie dans une simple bergerie.

Après avoir regretté que les « vents de la guerre soufflent sur le monde », le Pape François a appelé, devant les quelque 50.000 fidèles rassemblés, à une « reprise du dialogue » entre Israéliens et Palestiniens, à une « solution négociée » autour du conflit israélo-palestinien, ainsi qu’à l’instauration de « deux États » pour que les « deux peuples » puissent vivre côte-à-côte dans le cadre de frontières reconnues au niveau international. Il n’en fallait pas plus pour que, dans la presse et dans les médias, on salue des « propos courageux ».

Après l’annonce de Trump de transférer l’ambassade états-unienne de Tel-Aviv à Jérusalem, ce refus du Vatican de jeter de l’huile sur le feu et d’emboîter le pas à Washington, semblerait presque audacieux. Il s’agit, en réalité, d’une constante de la géopolitique du Vatican. Le Pape François tient compte, tout autant, du poids des chrétiens et, parmi, eux, de la minorité catholique, au Proche et Moyen-Orient, que de la nécessité de tenir compte de quelques coordonnées de Realpolitik dont le Vatican se fait le porte-parole : face à l’escalade possible de violences et face à l’option d’un « Grand Israël », que semble valider Trump, et qui ne saurait en être une « solution », à moins d’opter pour un nettoyage ethnique généralisé des territoires occupés par Israël (ce que l’Etat sioniste ne peut, aujourd’hui, se permettre), le Pape a rappelé le statu-quo et les termes de l’accord d’Oslo, à savoir « deux peuples, deux Etats ». Par-delà les ronds-de-jambe de Macron vis-à-vis de Benjamin Netanyahu, c’est également la position officielle du gouvernement français, qu’on ne saurait définir de progressiste.

Depuis la signature des accords d’Oslo entre Ytzakh Rabbin et Yasser Arafat sous l’égide de Bill Clinton, il y a près de 25 ans, jamais Israël n’a respecté ses engagements. Au contraire, tout a été prétexte de renforcement de l’option coloniale, indépendamment du désengagement militaire à Gaza et au Sud-Liban. Placé sur même plan que le droit à exister d’Israël, en tant qu’Etat raciste et colonial, le droit des Palestiniens n’est plus tant celui de résister que de quémander un droit d’exister en tant que pseudo-entité administrative soumise à l’occupant, ce qu’est aujourd’hui l’Autorité Nationale Palestinienne.

Fantasque et criminel, Trump donne du mou au projet expansionniste et génocidaire de l’actuelle majorité au pouvoir en Israël. Rationnel et bienveillant, ou se présentant comme tel, le Pape François soutient une option qui, en dernière instance, valide la situation coloniale actuelle dans la prolongation de ce qu’avait été « l’esprit d’Oslo », à savoir la renonciation, par les Palestiniens, à leurs droits historiques, à commencer par le droit au retour des réfugiés. A l’inverse du « dialogue » réclamé par le Pape, dans cette prison à ciel ouvert que sont les territoires occupés, l’avenir, comme le souligne l’historien antisioniste Ilan Pape, ne peut être qu’à la résistance.

[Crédit photo : Le Pape François en visite à Bethléem en mai 2014, AP Photo/Ariel Schalit]




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