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Monde

Israël : le départ d’un député d’extrême-droite menace de faire éclater le gouvernement

Un nouveau cessez-le-feu a été signé le 4 novembre entre le Hamas et le gouvernement réactionnaire de Benjamin Netanyahu. Suite à ce nouvel accord, l’ultranationaliste ministre de la défense Avigdor Lieberman a quitté le gouvernement avec cinq autres députés de son parti, menaçant de faire éclater le gouvernement. Cette crise gouvernementale pourrait causer des élections anticipées qui pourraient avoir un impact important dans la façon dont les puissances impérialistes font valoir leurs intérêts dans la région.

Crédit photo : 018/REUTERS/Ammar Awad

De l’escalade au cessez-le-feu

Le 11 novembre, le gouvernement israélien a envoyé un commando dans la bande de Gaza au détriment des accords de paix entre le Hamas et Israël. Seulement, ce à quoi ne s’attendait pas l’armée israélienne, les commandos étaient attendus de pied ferme par les brigades palestiniennes qui leur ont tendu une embuscade. Afin de permettre la retraite de ses soldats, l’aviation israélienne a bombardé Gaza provoquant la mort d’au moins quinze palestiniens. Suite à ce bombardement, Gaza a répliqué en envoyant plus de 400 roquettes et missiles en direction du sud d’Israël. Ce fut le bombardement le plus important depuis la guerre de 2014. C’est suite à ce bombardement palestinien qu’un cessez-le-feu a été conclu mardi soir.

Le départ du ministre de la défense ouvre une crise gouvernementale

C’est ce cessez-le-feu que condamne le Ministre de la Défense Avigdor Lieberman. Pour la tête de file des ultranationalistes, cet accord ne permet pas de garantir la sécurité de l’état sioniste sur le long terme. Il a donc démissionné et quitté la coalition au pouvoir avec son parti d’extrême droite Yisrael Beitenu, ramenant la majorité au pouvoir à 61 députés sur 120.
De son côté, le tout aussi sioniste Ministre de l’Education Naftali Bennett menace lui aussi de quitter la coalition avec son parti s’il ne reçoit pas le Ministère de la Défense qui a été récupéré par le premier ministre lui-même en ce moment. Ministère particulièrement important dans un pays qui ne se maintient que grâce à la répression violente du peuple palestinien.
Un coup opportuniste pour capitaliser sur la faiblesse de Netanyahu et espérer emporter la mise en cas d’élections anticipées.

Netanyahu : un gouvernement affaibli par de multiples affaires de corruption

Il faut noter que le gouvernement de Netanyahu est bien affaibli par des scandales de corruption, et sa main mise sur les ministères de la Santé et des Affaires étrangères en plus de la Défense.
Le défi de Netanyahu est de réussir à unifier les différents partis réactionnaires. D’un côté, les ultra-orthodoxes souhaitent maintenir leur exemption de service militaire qui est de plus en plus attaquée par les nationalistes qui ont besoin de toutes les forces pour oppresser les palestiniens qui, comme le montre l’embuscade du 11 novembre, sont capables d’imposer des défaites aux troupes d’élites israéliennes. De l’autre côté, les nationalistes dénoncent le cessez-le-feu et aspirent à l’écrasement complet de la Palestine. Il faut aussi noter que le centre-gauche israélien n’en est pas moins militariste et dénonce aussi le dernier cessez-le-feu. Dans ces coordonnées, il se pourrait que Benjamin Netanyahu doive quitter le poste de Premier Ministre qu’il tient depuis 2009. En effet, bien que le Likoud (parti du premier ministre) soit encore en tête des sondages, la séquence pourrait affaiblir grandement le soutien dans la population.

Afin de se maintenir, Netanyahu mise sur sa stature d’homme d’état et tente de concilier la chèvre et le chou. Pour le premier point, il s’est rendu sur la tombe de Ben Gourion, le « père de la nation » qui est le seul premier ministre à être resté au pouvoir plus longtemps que lui au pouvoir. Pour le second point, il condamne les volontés expansionnistes qui visent à annexer la Cisjordanie tout en encourageant l’installation de colons israéliens dans ce territoire autonome palestinien. De la même façon, à l’occasion du dernier accord il a laissé passer une aide qatarie vers Gaza tout en maintenant le blocus de la région qui asphyxie la population palestinienne.

Une politique extérieure déstabilisée par le risque d’élections anticipées

La crise actuelle se répercute aussi sur les relations internationales d’Israël. La sécurité d’Israël dépend de ses relations avec les grandes puissances militaires actives dans la région : l’Égypte, la Russie, la Turquie et les États-Unis.
En effet, les bonnes relations entre l’ancien de la Défense et Vladimir Poutine ont permis une bonne entente entre la Russie et Israël. Afin de maintenir son statut régional, le gouvernement de Netanyahu doit reconquérir cet espace diplomatique.
De plus, la perspective d’élections anticipées accroît l’incertitude dans les relations entre Israël et les États-Unis. D’une part, Netanyahou a noué une étroite relation avec Donald Trump, et d’autre part le premier ministre israélien est une figure de plus en plus partisane en Amérique du Nord. Or, avec un caucus démocrate qui contrôle la Chambre des représentants aux États-Unis, il est peu probable qu’une autre opération à Gaza soit bien accueillie à Washington.
Entre-temps, le rôle du Qatar en tant qu’allié pour Israël et les États-Unis a pris un coup. Les livraisons de gaz en provenance du Qatar étaient censées maintenir la paix à Gaza. Lieberman a ainsi critiqué, dans sa démission, l’échec du Qatar à garantir la paix à Gaza, diminuant son rôle d’allié aux côtés d’Israël pour pacifier cette zone.
Ainsi, un nouveau gouvernement pourrait amener une réorganisation des alliances dans une région particulièrement instable du fait, entre autres, de l’action des pays impérialistes.




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