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Monde

16 arrestations à Nabi Saleh

Israël violente, enferme et extorque de faux aveux à Mohammed Tamimi, 15 ans et cousin d’Ahed

La famille Tamimi n'est plus à présenter, elle est devenue le symbole de la résistance palestinienne. Tsahal et le gouvernement israélien s'en prennent au cousin d'Ahed, Mohammed. Il a 15 ans et a été grièvement blessé par l'occupant le jour où sa cousine a giflé des soldats israéliens raison pour laquelle elle a été arrêté et déferrée devant les tribunaux. Mohammed a été arrêté dans la nuit de dimanche et relâché après avoir été forcé d'avouer que sa grave blessure à la tête était dû à une chute de vélo et non pas à un tir de balle en caoutchouc de soldats israélien.

Crédits photo : Meged Gozani

Dimanche dernier, Tsahal a une fois de plus fait une descente dans le village de Nabi Saleh en Cisjordanie. Ils ont arrêté dans la nuit 16 palestiniens dont Mohammed Tamimi, le cousin de 15 ans d’Ahed jugé depuis le 13 février par un tribunal militaire israélien.

Les habitants du village de Nabi Saleh manifestent toutes les semaines contre l’occupation israélienne. Mené par Bassem Tamimi, le village d’irréductible subit la répression : la nuit de dimanche est le triste quotidien des habitants du village. En trois mois, il y a eu 70 à 80 opérations de Tsahal dans le village. L’armée israélienne a justifié son intervention en expliquant que c’était « en raison de l’augmentation des émeutes violentes et des actes de terrorisme populaire ».

Parmi les 16 arrestations, il y a quatre mineurs dont Mohammed Tamimi. gravement blessé à la tête le 15 décembre dernier. Il a été relâché après avoir été forcé d’avouer que sa blessure était due à une chute de vélo et non pas à un tir à bout portant d’une balle en caoutchouc israélienne.

C’était le 15 décembre dernier...

Tsahal investit le village, Mohammed qui voulait vérifier s’il y avait encore des soldats à l’intérieur, à la suite d’une rumeur selon laquelle ils étaient partis, passe la tête par dessus un mur et reçoit une balle de métal enrobée de caoutchouc, tirée à une distance de quelques mètres. Il se rappelle juste avoir eu le temps de voir le soldat braquer son fusil sur lui. Puis, il est tombé au sol, en sang, inconscient, et fait une chute d’une hauteur de trois mètres. Il a de multiples fractures du crâne. Pendant l’opération qui a duré 6 heures, les chirurgiens sont obligés de lui retirer certains os de son crâne qui ne seront remis que début mars. TV5 Monde explique que « Jonathan Pollak, un militant israélien qui dit avoir assisté à la manifestation, a raconté qu’il se trouvait à une vingtaine de mètres quand Mohammed Tamimi a été touché. Il a rapporté ne pas avoir vu le tir mais l’avoir entendu. Ensuite, il était clair pour tout le monde que l’adolescent avait été atteint par balle »

« J’ai rarement vu autant de sang. Il avait un trou dans le visage, à gauche des sinus. Je craignais qu’il n’étouffe dans son propre sang ».

Mais voilà, l’adolescent « avoue » lors de ses interrogatoires s’être blessé à vélo...

La désinformation israélienne

Tsahal a qualifié la version de départ comme une « fake news ». Libération explique que « mardi, dans un post Facebook en arabe, le général Yoav Mordechai, à la tête du COGAT, la branche du ministère de la Défense en charge de l’administration civile des Territoires, a annoncé que l’adolescent avait « avoué » lors d’un interrogatoire qu’il s’était en fait blessé en tombant de vélo, heurtant sa tête contre le guidon ».
Malgré le fait qu’il soit dans l’attente d’une lourde opération et que son état ne permet pas une arrestation, Tsahal a quand même interpellé le jeune homme.

Un nouvel épisode dans la confrontation entre Tamimi et l’État israélien

Une fois Mohammed relâché, la famille Tamimi, le comité de soutien de la famille et B’Tselem, une ONG israélienne défendant les droits des Palestiniens ont publié le scanner du crâne et le rapport médical de l’hôpital où Mohammed a été opéré. Dans son rapport, il est inscrit que « le patient susmentionné s’est présenté à notre hôpital le 15/12/2017 immédiatement après une blessure par balle (traumatisme crânien) infligée par des soldats israéliens (entrée de la zone maxillaire gauche, pas de blessure à la sortie) ». La photo du projectile retiré de la tête de Mohammed est également publié.

Libération cite également l’avocate de la famille Tamimi, Gaby Lasky, « il n’a pas voulu dire qu’il était à une manifestation et qu’il jetait des pierres, de peur d’être emprisonné et de rater son opération de reconstruction du crâne début mars. Alors il a raconté cette histoire ». L’avocate n’était pas présente lors des interrogatoires, ni elle ni aucun accompagnateur majeur. Le jeune homme qui a vu déjà un homme de sa famille assassiné par Tsahal, sa tante et sa cousine emprisonnées et qui a été mutilé par les soldats israéliens a dû subir ces interrogatoires seul. L’avocate explique que « cet interrogatoire, qui n’aurait jamais dû avoir lieu, est maintenant utilisé cyniquement à des fins politiques ».
Atallah Tamimi, l’oncle de Mohammed, a également indiqué à l’AFP que son neveu n’avait pas voulu dire aux Israéliens qu’il avait été blessé lors d’une manifestation, de peur d’aller en prison. « Il lui ont demandé de signer un document, et il a refusé ».
On ne peut que douter de ces « aveux » vu les circonstances de l’interrogatoire, les témoignages et les preuves médicales. De plus, comme le souligne Gaby Lasky, « c’est bien la première fois que l’armée croit un enfant palestinien qui jure n’avoir pas jeté de pierres ! ».

Un acharnement contre la famille Tamimi

Les médias et les politiques réactionnaires israéliens ont créé le terme de « pallywood » pour parler de l’activisme de la famille Tamimi. Les altercations avec les forces d’occupation filmées par les Tamimi seraient montées de toute pièce, juste une mise en scène. En janvier dernier, les médias israéliens ont révélé que Michael Oren, le secrétaire d’État à la diplomatie, avait dirigé, en 2015, une commission d’enquête parlementaire secrète cherchant à prouver que les Tamimi étaient une troupe d’acteurs payés par des « organisations terroristes » étrangères « pour donner le mauvais rôle à Israël ». Michael Oren trouvait suspect les vêtements « américains et non traditionnels, comme des casquettes de baseball » des enfants Tamimi. Il trouvait également qu’ils ne ressemblaient guère à des arabes avec « leur teint clair, yeux bleus et cheveux blonds ». La question était donc de savoir si la famille Tamimi était une vraie famille ou bien des acteurs. Après l’arrestation d’ Ahed, les médias réactionnaires ont relancé cette affabulation. Oren a été obligé de reconnaître que les résultats de l’enquête « n’étaient pas concluants » avant de rajouter « qu’il restait un point d’interrogation important sur la question ». L’État israélien, appuyé par les médias tentent désespérément de discréditer la famille Tamimi qui est devenue une véritable épine dans le pied du gouvernement.
Dans les colonnes de Libération, Gaby Lasky explique que « l’énergie que met l’armée pour discréditer la famille Tamimi est assez exceptionnelle. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu une chose pareille ».

Arrestation de différents membres de la famille, harcèlement, assassinat, procès d’Ahed qui risque 7 ans de prison pour avoir giflé deux soldats israéliens qui avaient blessé grièvement son cousin, tout est fait pour briser la famille Tamimi. Mais un tel acharnement n’a fait qu’ériger encore plus haut les Tamimi au rang de symboles de la cause palestinienne. La famille explique qu’il n’y a « aucune limite à la volonté d’Israël de discréditer la lutte juste des Tamimi contre le colonialisme israélien » mais on ne peut briser l’esprit de la liberté. Ici, l’État israélien essaye tant bien que mal de détruire psychologiquement Ahed et sa ligne de défense qui repose sur le fait qu’elle a giflé ces soldats car ils avaient tiré sur son cousin. Mais il faudra plus que ça pour briser le courage d’Ahed qui représente la jeunesse palestinienne avide de liberté et de justice.




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