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Attentat

Istanbul : le « terrorisme » pour justifier la terreur d’État.

Publié le 7 juin 2016

Dans un contexte régional plus qu’explosif, alors que les peshmergas kurdes reprennent petit à petit les territoires conquis par Daesh en Syrie, et dans des conditions extrêmement autoritaires en interne, un attentat visant les forces anti-émeutes de l’Etat turc a tué onze personnes, dont 7 policiers et en a blessé 36 autres, dont 3 sont dans un état critique.

Arthur Nicola

L’attaque a eu lieu dans le quartier de Beyazit, par une bombe dissimulée dans une voiture et actionnée à distance contre un bus transportant des forces de l’ordre. L’explosion, que certains témoins ont comparé à un « tremblement de terre », s’est produite dans le centre historique et touristique de la ville, près de la mosquée Suleymanie. Cet attentat, qui n’a pas été revendiqué, est un élément de plus pour Erdogan qui utilise l’argument « terroriste » pour justifier la terreur qu’il fait lui même régner sur le pays. A défaut de légitimer son pouvoir par une illusion démocratique qu’il ne cherche pas à construire, le président cherche à pérenniser un Etat où il peut diriger par la force brute et militaire.

L’attentat non revendiqué laisse planer le doute sur les commanditaires de cet attentat. Si le gouvernement a accusé d’emblée le PKK, personne ne sait qui des groupes d’ultra-gauche, des groupuscules proches de Daesh ou des services secrets turcs, il convient de désigner comme commanditaire. Quoi qu’il en soit, cette méthode ne peut en aucun cas aboutir à une émancipation du peuple kurde ; le président s’est d’ailleurs emparé de cette attaque pour justifier le fait de tirer des missiles sur la région de Kobané en Syrie le 5 juin au soir,comme il l’avait fait l’été dernier, suite à l’attentat de Suruç. Cela alors que ce sont bien les forces kurdes qui ont empêché que cette même ville tombe aux mains de Daesh. Ceci n’est pas sans rappeler la menace du gouvernement de raser des villages kurdes à distance. Il avait ainsi proposé début avril le début d’un génocide, et réitère ses menaces : « notre lutte contre le terrorisme continuera jusqu’à la fin, jusqu’à l’apocalypse » a asséné Erdogan.

Dans cette politique de la terreur, les chancelleries occidentales montrent leurs connivences. Si les craintes occidentales de faire échouer les accords avec la Turquie sur les « hotspots » les condamnent à taire les atrocités commises par Erdogan, elles s’alignent sur son discours d’instrumentalisation de la terreur "Cet acte de violence intolérable doit plus que jamais conforter notre commune détermination à combattre toutes les formes de terrorisme" explique un communiqué de la présidence de la République Française.