Notre classe

La plus longue grève dans l’audiovisuel depuis 1968

Itélé. La grève prolongée ! El Khomri veut mettre un terme au conflit au profit de Bolloré ?

Publié le 14 novembre 2016

30 jours de mobilisations et une grève reconduite jusqu’à minimum ce mardi midi. Le conflit, le plus long dans le secteur audiovisuel depuis 1968, s’enlise et Myriam El Khomri sort du bois. En effet, la ministre a rencontré les dirigeants du groupe Canal + pour proposer un nouveau protocole d’accord aux salariés.

Frédéric Apoyo

D’ores et déjà, la grève d’octobre/novembre 2016 à Itélé comporte un caractère historique. En effet, il s’agit ni plus ni moins que de la plus longue grève du secteur de l’audiovisuel depuis la grève de la ORTF en 1968. Face à cette situation, la ministre du Travail et la ministre de la Culture se sont entretenus avec la direction du groupe Canal +, propriétaire d’Itélé, afin de proposer un nouveau protocole d’accord aux grévistes. « Beaucoup d’avancées ont été faites, laissant espérer une sortie de crise rapide à i-Télé », a rapporté Stéphane Roussel, directeur des opérations de Vivendi, maison-mère du groupe Canal+. Même son de cloche du côté de Myriam El Khomri : « Il y a une volonté de la direction de sortir de ce conflit. Il faut maintenant qu’il y ait des actes », a-t-elle ainsi déclaré.

Pour autant, nombre des revendications ne semblent pas être prises en compte par ce nouveau protocole, ou plutôt être prises en compte à moitié. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres : la programmation d’une émission de Jean-Marc Morandini. Ce dernier ne sera ni remis à l’antenne dès la grève terminée, ni écarté définitivement, et les journalistes auront droit de « statu-quo », c’est-à-dire ne pas travailler avec l’animateur. Autre point sensible, la « double casquette » de Serge Nedjar, à la fois directeur de la chaîne, de la rédaction d’Itélé et de la régie publicitaire – assurant une mainmise à Bolloré tant sur les annonceurs que sur le contenu. Sa fonction ne sera pas remise en cause, mais un « numéro 2 » issu d’Itélé sera nommé d’ici fin novembre. Enfin, la direction s’est engagée à créer un nouveau comité d’éthique et élaborer une nouvelle charte de fonctionnement, sans qu’aucun détail supplémentaire ne soit disponible. Reste à savoir quelle sera la réaction des grévistes, encore largement mobilisés en ce trentième jour de grève, et dont ces propositions ne semblent pas satisfaire les demandes.

Dans les faits, la direction de Canal + et le gouvernement jouent un jeu d’équilibriste. D’un côté, ils tentent d’apparaitre ouverts à une sortie de crise, de l’autre ils cherchent à ne pas céder complètement aux exigences des grévistes. Cette nouvelle attitude s’explique en grande partie par le fait que la grève ne coûte, pour l’heure, pas très cher à Vincent Bolloré, propriétaire de Canal +, voire lui est profitable. En effet, selon l’enquête du journal Capital, le multimiliardaire n’aurait perdu que 500000 euros sur ce mois, une broutille pour lui mais aussi, en quelque sorte, un moindre mal vu que la chaine est de manière générale déficitaire. Or, un enlisement du conflit pourrait renverser la situation, et ainsi commencer à toucher le portefeuille de Bolloré plus durement. C’est en ce sens que nous pouvons comprendre l’accélération de la direction de Canal + et du gouvernement, sommé de rapidement trouver une solution pour éviter des répercutions financières pour Bolloré. Un prisme qui permet de démasquer au grand jour les aspirations de l’exécutif, prêt à se mettre immédiatement en quatre pour une figure emblématique des classes dominantes, et qui est prêt à toutes les fourberies en défaveur des travailleurs en lutte.