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Politique

Après quelques exagérations de comptage au Trocadéro

« J’y suis, j’y reste », dit Fillon. Certes, mais jusqu’à quand ?

Fillon n’a pas à rougir de son rassemblement de dimanche au Trocadéro. D’un point de vue numérique, il n’a bien entendu jamais réuni 200.000 personnes mais a réussi tout de même à faire en faire descendre 30 à 40.000 dans la rue. D’un point de vue idéologique, c’est le noyau dur de la droite réactionnaire qui a fait le déplacement : tout ce que l’on fait de barbour, lodens et serre-têtes en Ile-de-France et au-delà s’était donné rendez-vous dimanche après-midi à Paris. De là à dire que cela suffira pour se maintenir dans la course à la présidentielle ou encore d’éviter qu’un second candidat ne se déclare, il y a un pas.

Corinne Rozenn

Il s’agit de deux des trois scénarios qui se profilent et qui vont sans doute se définir au cours de la nouvelle folle journée de lundi qui attend Fillon et la droite avec une première déclaration de Juppé à la presse, à 10h30, ce matin, suivie d’un Conseil Politique des Républicains convoqué par Accoyer « pour faire le point sur la situation » à 18h.

Fillon, qui a finalement maintenu son passage au JT du dimanche, a annoncé qu’il n’était « pas autiste » mais que « personne ne pouvait le forcer à renoncer ». Plus convaincu que jamais, du moins en apparence, il semblerait ne pas vouloir faire le pas de côté auquel plus de 170 poids-lourds de son camp le pressent, alors même que le maintien de sa candidature entraîne dans une spirale descendante l’ensemble de la droite.

Qu’une candidature alternative à la sienne n’émerge alors même que celle de Fillon serait maintenue semble exclu. Personne ne souhaite courir le risque de diviser par deux les voix de la droite hexagonale au premier tour. Cela ne veut pas dire, en revanche, que les initiatives au sein même de LR pour faire pression sur Fillon ne se multiplient pas. Dernier témoignage en date, la sortie d’Estrosi, qui a forcé la main de Pécresse et de Bertrand, pour que les barons régionaux de la droite se distancient une bonne fois pour toute de celui qui est encore aujourd’hui le candidat officiel.

Une candidature alternative, après un départ de Fillon, continue à être la solution envisagée par une partie des « frondeurs », mais aucune ne fait consensus. Alors que certains fillonistes pourraient être d’accord avec les sarkozystes pour mettre en avant Baroin, les juppéistes continuent à vouloir que ce soit le maire de Bordeaux qui y aille, mettant en avant ses qualités et son côté rassembleur, en dépit du véto explicite qui est mis sur sa candidature, jusqu’à présent, par l’ancien président. Restent les problèmes de financements, de comptes de campagne et de parrainages qui compliquent une candidature bis à droite en substitution de celle de Fillon.

Expression de la crise de la droite comme, en réalité, d’une crise bien plus profonde de la représentation politique et des divergences importantes au sein de pans entiers des classes dominantes, le grand étalage médiatique, qui se poursuit, contribue à l’alimenter. Fillon, de son côté, essaye de gagner du temps : quelques heures, quelques jours. On comprendra pourquoi une telle course à l’échalote commence à faire grincer des dents chez les décideurs économiques et les secteurs les plus concentrés du capital en France.




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