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Culture et Sport

Mort d’un grand rockeur

Jacques Higelin, digne héritier du printemps 2018

Depuis l’annonce de sa mort, ce matin, les médias passent en boucle les chansons de Jacques Higelin. Sur tous les plateaux, on rend hommage, au « champagne », au grand rockeur français. En oubliant les drapeaux rouges, bien entendu.

Higelin, en effet, c’est avant tout l’extrême gauche hexagonale. Un chanteur profondément marqué par la lutte contre la guerre d’Algérie au début des années 1960. A cette époque, Higelin est très politisé, proche, après 1968, des Jeunesses Communistes Révolutionnaires. « Un artiste libre, non-affilié », s’empresse de souligner Romain Goupil, qui, lui, est passé du côté de la macronerie, qui le lui rend bien.

Il se trouve qu’au cours de ces années, Higelin ne cesse de chanter. Contre la dictature de Franco et en solidarité avec les camarades de l’autre côté des Pyrénées, pour le lancement de Rouge quotidien, lors du grand concert de souscription, organisé le 15 octobre 1975, en compagnie de Paco Ibañez et de Guy Bedos, mais également lors de la mémorable cérémonie organisée par la Ligue Communiste et Lutte Ouvrière, le 16 mai 1971, pour le Centième anniversaire de la Commune, devant 20.000 participants. A l’époque, Higelin, qui avait accompagné le cortège des trotskystes, l’année auparavant, lors du 1er mai 1970 à Paris, le premier défilé unitaire à être organisé dans la capitale depuis 1947, improvise une mémorable « Internationale » version blues qui aurait bien plu à Eugène Pottier. Certains "orthodoxes", semble-t-il, n’avaient pas apprécié...

Higelin sur les barricades, donc, aux engagements de jeunesse bien trempés, fidèle de la cause du logement, depuis plus de 20 ans, aux côté du DAL. Les médias rappelleront très certainement un artiste moins clivant. Nous gardons en tête, pour notre part, l’image de Jacques, manifestant, le 15 juin 1968, aux abords du cimetière des Batignolles, pour l’inhumation de Gilles Tautin, jeune lycéen maoïste, tué quelques jours auparavant en tentant d’échapper à la police aux abords de l’usine de Renault-Flins, alors occupée. Sur ses épaules, parmi les poings levés, on devinera un certain « Arthur », qui passera sur la scène sous le nom « d’Arthur H ».

A n’en pas douter, disparu cinquante ans après le Joli Moi de Mai, Higelin est bel et bien l’héritier des jeunes étudiant.e.s et des cheminot.e.s en grève du printemps 2018. Ou vice-versa.




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