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Monde

Le visage de l'extrême-droite brésilienne

Jair Bolsonaro, le candidat de l’extrême-droite brésilienne en faveur de la dictature militaire

Au Brésil, Jair Bolsonaro, celui qui se pose aujourd'hui comme la principale opposition au parti des travailleurs est aussi le candidat qui a le plus de lien dans les grandes instances bureaucratiques de l'armée dans lesquelles ses discours machistes, racistes et autoritaires semblent avoir un audimat non négligeable.

On l’appelle le « Trump Tropical », notamment en raison de ses sorties racistes et sexistes dans les médias ainsi que d’une activité soutenue sur les réseaux sociaux comme Twitter. Le candidat pour l’élection présidentielle brésilienne, Jair Bolsonaro, se pose comme le catalyseur d’un ensemble de tares du système capitaliste, et de son versant autoritaire, le régime militaire permanent.
Ayant fait ses classes à l’académie militaire des Aguilhas Negras (Aiguilles Noires en portugais) dans les années 70 et se déclarant ouvertement pour la dictature militaire brésilienne, Bolsonaro se place comme le candidat de l’armée nationale, qui joue un rôle important dans la vie politique du pays.

Le retour important de l’armée sur la scène s’explique, selon le politologue David Fleischer, par l’histoire du gouvernement putschiste de Michel Temer, dont les politiques ont impliqué de plus en plus la force militaire brésilienne dans des missions de maintien de l’ordre censées faire tenir les murs d’un gouvernement qui peinait à consolider ses fondations. Dans la campagne de Bolsonaro, ceci se traduit concrètement par la promesse de nommer six généraux à son gouvernement ainsi que par le choix, comme co-listier pour la vice-présidence, de Hamilton Mourao, un des généraux de réserve de l’armée brésilienne. Ce général dit l’armée prête, dans la mesure où la situation se dégrade au Brésil, à « imposer une solution ». Ces promesses font qu’une majeure partie de l’armée se place en soutien au candidat d’extrême-droite.

Les intrications entre le gouvernement et l’armée brésilienne ne sont pas nouvelles. Bolsonaro en a conscience et se déclare même publiquement nostalgique des années de plomb brésiliennes (1964-1985) où les arrestations d’opposants à la dictature militaire étaient monnaie courante et pouvaient être conduites sans justification aucune. La « belle époque » des tortures dont le candidat du Parti Social-Libéral (PSL) faisait l’éloge en 2016, au moment du coup d’état institutionnel contre Dilma Roussef (la présidente issue du Parti des Travailleurs (PT)), qu’il décrit comme une véritable « révolution démocratique ». Une version de l’histoire qui arrange bien ce petit dictateur en herbe et sa troupe, qui y voient un vivier d’inspiration pour leurs politiques autoritaires.
Il promet dans son programme la militarisation du pays ainsi que la restauration de l’autorité de l’armée dans les instances d’Etat. Sa politique envers les quartiers pauvre de Rio, où il est député, fait d’autant plus pâlir quand il annonce sans rougir à une journaliste « Si [une policier] tue dix, quinze, vingt personnes, il doit être décoré, non pas poursuivi ».

En même temps qu’il encourage les violences policières, il lance aussi, lors des tournées électorales, des appels à « abattre les militants du PT » dans un contexte où, quelques mois en arrière, la conseillère municipale de la ville de Rio de Janeiro, Marielle Franco, a été assassinée après une réunion de féministes racisées – un assassinat que Bolsonaro décrit lui-même comme « une mort comme les autres. ». Ces appels font écho à une de ses déclarations lors d’une ancienne interview dans laquelle Bolsonaro regrettait amèrement que le régime dictatorial n’ait pas mis à mort trente mille communistes. Le candidat qui se prétend « hors-système », vocabulaire qui fait écho à celui de l’extrême-droite en Europe représente le versant autoritaire, raciste, xénophobe, sexiste et homophobe du capitalisme.

Les élections présidentielles qui arrivent à grand pas se passeront donc sur fond de manœuvres judiciaires et militaires, manœuvres qui ont permis d’arrêter Luiz Inacio Lula da Silva, le candidat du parti des travailleurs (PT), l’empêchant de participer alors que celui-ci était crédité de 38% des intentions de vote dans les sondages.
Les prochaines semaines seront le théâtre de la polarisation de la scène politique entre le candidat successeur deLula, Fernando Haddad, qui jouit d’un report des voix de l’ancien candidat du PT à 24% tandis que Jair Bolsonaro est monté à 28% des intentions de votes après que celui-ci a été poignardé à l’estomac et hospitalisé.

A la veille des élections, les tendances putschistes qui rythment la vie politique brésilienne depuis quelques années maintenant risquent de s’accentuer avec l’implication toujours plus croissante de l’armée et de la justice.

Crédits : Cris Faga/SIPA




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