Politique

« Démocratie made in MEDEF »

Jamais 2 sans 3 pour Manuel Valls. Un troisième 49.3 pour imposer sa loi travail

Publié le 20 juillet 2016

Le gouvernement a dégainé pour la troisième fois consécutive l’article 49.3 pour faire passer en force sa loi travail en lecture définitive, mercredi. Le texte sera considéré comme définitivement adopté dans un délai de vingt-quatre heures, soit jeudi après-midi, si aucune motion de censure n’est déposée. Après avoir prolongé l’état d’urgence de 6 mois, le gouvernement persiste dans son tournant autoritaire et bonapartiste en alignant une nouvelle fois l’une des armes les plus anti-démocratiques de la cinquième République.

Damien Bernard

Après 5 mois de lutte contre la loi travail, appuyée par la grande majorité de la population qui rejette le texte, le gouvernement maintient sans surprise le cap du 49.3. A la tribune, Manuel Valls a souhaité réaffirmer le rôle primordial de la CFDT, dans le futur « dialogue social » entreprise par entreprise, en pointant la « large concertation » ayant abouti à « un compromis solide avec les organisations syndicales et de jeunesse réformistes » quant à ce texte « de progrès ».

Pour les « frondeurs », après l’échec à deux reprises de la motion de censure, il semble que la comédie visant à manquer de la déposer à deux voix près ne soit plus l’option privilégiée. Parvenant cette fois-ci aux 58 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure, les « frondeurs » ont préféré rédiger une tribune prévenant que « la bataille ne fait que commencer ». Le Front de Gauche, quant à lui, compte saisir le conseil constitutionnel pour freiner l’application du texte.

La droite compte de son côté procéder, elle aussi, dès la fin de semaine, à une saisine du Conseil constitutionnel afin de faire barrage à la loi. Cela pourrait notamment ralentir le gouvernement qui comptait, comme le souhaite le patron des députés PS Bruno Le Roux, prendre les décrets d’applications de la loi travail « dès la rentrée ». Ce mardi, le Sénat majoritairement de droite avait rejeté le texte, estimant ne pas avoir été entendu sur ses propositions plus libérales, par exemple la suppression des trente-cinq heures.

Alors que la majorité de la population est opposée à la loi travail, le gouvernement a vraisemblablement réussi à imposer aux forceps sa loi à l’Assemblée. Cependant, après 5 mois de mobilisation contre la loi travail et son monde et une détermination sans faille face à la répression, la jeunesse et le monde du travail ont ré-émergé comme forces en capacité de remettre en cause les plans gouvernementaux au service du patronat.

Ainsi, bien que l’exécutif pense avoir emporté la bataille, la guerre est loin d’être finie. C’est ainsi que se pose non seulement l’importance de la lutte contre l’application de la loi travail, entreprise par entreprise, mais aussi la nécessité de réenclencher la bataille nationale pour exiger son abrogation. C’est dans ce cadre qu’à l’appel de l’intersyndicale, une nouvelle journée de mobilisation se profile le 15 septembre pour continuer le combat.