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Notre classe

Interview d’une gréviste d'ONET

« Je veux attirer l’attention de la SNCF. C’est grâce à nous que leurs gares sont propres »

Une centaine de salariés sont en grève depuis un mois contre la société de sous-traitance H.Reinier ( Groupe Onet ) et la SNCF qui reste silencieuse. Des hommes et des femmes qui travaillent depuis 10,20,30 ans pour maintenir les gares propres. Aujourd'hui, les gares ne sont plus nettoyées et les poubelles débordent. La faute à qui ? Certainement pas à ces salarié.es qui exigent qu'on les respecte et qu'on réponde à leurs revendications. Mme F., agent du nettoyage, nous raconte ses conditions de travail, sa grève, la première pour elle, sa lutte, la sienne et celle de ses collègues, une lutte pour la dignité.

Mme F., agent du nettoyage depuis 14 ans est [en grève depuis un mois aux côtés de ses collègues >http://www.revolutionpermanente.fr/Nettoyage-SNCF-mepris-de-la-direction-et-determination-des-grevistes]. Elle est là tous les jours sur le piquet, à toutes les actions, toutes les nuits à empêcher que les "briseurs de grève" accompagnés de la police et envoyés par la société de sous-traitance avec l’aval de la SNCF ne viennent nettoyer la gare.

C’est grâce à nous que les gares sont propres, ça mérite le respect

RP : Est-ce que tu peux nous raconter tes conditions de travail ?

F. Mon métier c’est le nettoyage des gares, des locaux de la SNCF. Les conditions de travail sont vraiment difficiles. On travaille dehors, on fait les quais, le balayage. Nous vidons les poubelles. Il faut être à l’heure, se lever de bonne heure, quand on arrive, on se change et parfois on doit se déplacer de gare en gare. J’ai trois gares à faire. Parfois en arrivant au travail, les agents ne sont pas contents, ils envoient des rapports à mes responsables. On voit à l’état dans lequel sont les gares aujourd’hui, que l’on fait un travail vraiment important. Nous sommes là pour rendre les locaux, les gares propres. Je trouve que ça mérite le respect. C’est grâce à nous que tout ici est propre, les autres ils sont dans leurs bureaux, derrières leurs guichets. Dans les gares, on peut tomber sur du pipi, des excréments, du vomi, de tout. Tout ça on doit le nettoyer et nous le faisons pour que les usagers circulent dans de bonnes conditions, des conditions normales. 

Si on est en grève c’est pour revendiquer nos droits, c’est pour quelque chose.

RP : Peux-tu nous parler de l’attitude la société de sous-traitance et de la SNCF ?

F. La société d’abord nous doit du respect et la SNCF aussi. Mais nous trouvons qu’à la place nous ne recevons que du mépris. Si on est en grève c’est pour revendiquer nos droits, c’est pour quelque chose. Quand on voit que depuis un mois personne ne nous répond on trouve vraiment que c’est du mépris.

L’entreprise est vraiment insensible à tout ce que nous faisons, ils ne nous connaissent pas. Ils devaient accepter de dialoguer, de nous écouter. Nos revendications ce n’est rien du tout. On demande juste 2,10 euros pour avoir 4euros pour manger. On ne peut pas acheter un sandwich avec 4euros. Il y a des gens qui ont plus, même dans cette entreprise. Certains qui ont 5, 6 voire 10 euros. On ne demande que deux euros et il faudrait attendre jusqu’à 2019 ! C’est une provocation ! Tant qu’on aura pas gagné, on continuera à faire la grève.

RP : Qu’as-tu appris jusque là de cette grève  ?

F. C’est ma première grève. Je suis une femme persévérante, j’aime quand c’est dur et tenir. Je suis chrétienne, je sais qu’avec Dieu on fait toujours des exploits. ça m’apprend à connaître mes collègues, j’ai appris à les connaître, à tisser des liens. il y a une bonne ambiance, on voit le tempérament des uns et des autres. C’est bénéfique pour nous.

RP : Toutes les nuits, on vous envoie des personnes pour venir briser votre grève, à chaque action la police est là, [les nuits dernières la répression s’est intensifiée >http://www.revolutionpermanente.fr/La-direction-de-la-SNCF-menace-de-faire-appel-aux-autorites-pour-debloquer-les-gares], tu peux nous en parler ?

F. Depuis le début on a la police ferroviaire, municipale, et aussi nationale qui vient. Je trouve qu’ils abusent parce qu’ils prennent leur position de force, leur pouvoir, pour venir nous reprendre les locaux. Mais c’est à nous, c’est nous qui faisons le ménage ici. Comment peut-on nous sortir et faire venir des étrangers pour venir faire notre travail ? On n’a pas apprécié. Je dirai que c’est de la discrimination, du mépris. Je me demande si c’est pas aussi parce qu’on est noirs, la majorité d’entre nous sont noirs. Pourquoi ils se permettent de faire ça ? Quand on arrive sur un lieu et qu’il y a un problème, il faut demander ce qu’il se passe, on ne peut pas intervenir comme ça avec la force.

ça ne nous plait pas de ne pas travailler pendant un mois, on a des factures à payer.

RP : Que voudrais-tu dire à la SNCF qui ignore le conflit jusqu’à présent  ?

F. Je veux attirer l’attention de la SNCF. C’est grâce à nous que leurs gares sont propres. On fait beaucoup de choses. Je vois que depuis la grève de leur part il n’y a pas de réponses. Ils s’en foutent. Je veux que la SNCF parle avec ONET, la pression elle n’est pas à faire sur nous. Il faut qu’ils comprennent qu’on est des pères et des mères de famille. ça ne nous plait pas que les gares soient dans cet état, ça ne nous plait pas de ne pas travailler pendant un mois, on a des factures à payer. C’est pour quelque chose qu’on fait grève, il faut qu’ils le comprennent. Tant que ce conflit n’est pas résolu, on restera là avec tous les collègues.




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