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Jean-Baptiste Salvaing. Un « policier exemplaire » ?

Publié le 15 juin 2016

Jean-Baptiste Salvaing, commissaire de police des Mureaux, et sa femme, Jessica Schneider, secrétaire au commissariat de Mantes-la-Jolie, ont été tués à l’arme blanche par Larossi Abballa, 25 ans, originaire des Mureaux et résidant à Mantes. Ce double homicide a été revendiqué par l’agence de l’Etat Islamique, Amaq. Pendant trois jours le drapeau français sera en berne. Depuis hier matin, sur les chaînes d’informations et dans les journaux dominants, la presse salue un « couple de flics exemplaires, attentionnés et solides ».

Cécile Manchette

Ont alors été publiés, les uns après les autres, des articles, des témoignages de proches, sur leur passé, leur vie de famille, leur sens du devoir et des responsabilités : le portrait de deux individus courageux, dévoués, joyeux. De quoi émouvoir la France entière. Un homme et une femme qui ont été tués, « parce qu’ils sont des policiers avant tout » nous martèle-t-on. Les forces de l’ordre sont une cible des attentats et tueries perpétrés au nom de Daech. D’où vient cette « haine anti-flic » ? La presse, les prises de paroles de la classe politique nous enjoignent à être « submergés par l’émotion », à être abasourdis devant tant de violence. Toutefois, c’est rapidement que chacun retrouve ses esprits. Une police et des « flics exemplaires » ? Un flic « exemplaire » qui a exercé sa fonction pendant une vingtaine d’années dans des quartiers populaires marqués par la répression policière et les bavures ? Une police « exemplaire » qui, armée jusqu’aux dents, réprime une mobilisation depuis trois mois ?

Au détour d’articles sur la vie du commissaire tué, nous apprenons que Jean-Baptiste Salvaing est arrivé dans les Yvelines en 2001, un département où il « a tout fait ». Effectivement, Jean-Baptiste Salvaing a gravit les échelons et a « tout fait » : du « maintien de l’ordre » à des « enquêtes sur proxénétisme et stupéfiants, missions de voie publique » ainsi que travailler pour la brigade anti criminalité. Sa carrière a donc commencé à la BSU (Brigade de sûreté urbaine) de Mantes-la-Jolie, puis s’est poursuivie à la BAC départementale. Après un passage au dépôt du tribunal de Versailles, il est retourné à Mantes-la-Jolie en tant qu’adjoint du chef de la BSU. Avant d’acquérir, il y a environ deux ans, le grade de commandant et de rejoindre les Mureaux.

Toute une carrière dans les Yvelines marquée par une décoration en 2005, lors des révoltes des banlieues, pour « acte de courage et dévouement ». Mantes-la-Jolie, les Mureaux, autant de cités populaires où la tension entre les habitants de ces quartiers et la police est constante. Des quartiers qui se sont embrasés en 2005 lors des révoltes déclenchées suite à l’assassinat, par deux policiers, de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois.

La répression policière fait dix à quinze morts par an. Autant de soi-disant « bavures » policières pour lesquelles les responsables ne sont pas condamnés. On ne compte plus les non-lieux, les affaires classées sans suite. L’impunité de la police s’étend, protégée par une justice à deux vitesses, des mesures gouvernementales qui les arment toujours plus, un discours médiatique et étatique qui n’a cessé de faire l’éloge de la police « courageuse » d’un côté et le procès « des jeunes de banlieues », de la « racaille », de l’autre. A Mantes-la-Jolie, la répression policière, les bavures, les délits de faciès, ça fait des dizaines d’années que les habitants et les jeunes, en font l’amère expérience : en 1991 Saïd Lhadj tue de manière accidentelle la policière Marie-Christine Baillet. Il prendra dix ans de prison ferme. Le même soir, au Val-Fourré, Youssef Khaïf, est tué d’une balle dans la nuque par l’arme de service de Pascal Hiblot. Dix ans après, le policier a été acquitté. Un climat qui n’a pas changé aux Mureaux, où vendredi dernier encore, le 9 juin 2016, des policiers ont utilisé leur armement anti-émeutes.

Depuis des mois, nous assistons à un tournant autoritaire du gouvernement. La répression policière dont les quartiers populaires sont le laboratoire depuis des dizaines d’années devient la règle au nom du « maintien de l’ordre ». Ainsi, les médias font le jeu du gouvernement en louant le courage, l’exemplarité d’une police, sollicitée de toute part par le terrorisme, la mobilisation contre la loi Travail et l’Euro. Face à des éléments « radicaux », des « violences inouïes » qui surgissent de toute part, la police doit être (sur)armée, disposée de plus de moyens. Fatigués, surmenés, violentés : les policiers sont exonérés de leurs« écartades ». En attendant, hier, Amine Bentounsi mourrait d’une balle dans le dos, aujourd’hui, des manifestants perdent un œil suite à un tir de flashball.

On oublie ni ce qui a enflammé les banlieues en 2005, ni la répression policière qui a marqué ces révoltes. « L’exemplarité » de la police dans les quartiers populaires, sous l’état d’urgence ou dans les manifestations et les actions contre la loi Travail n’est pas une réalité, du moins pas celle de notre camp. La réalité ce sont les délits de faciès, les provocations et les « bavures » policières, les insultes, le racisme, les interpellations, les condamnations, les lancés de lacrymo, les coups de matraque, le gazage. C’est un discours empreint d’hypocrisie qui est tenu par le pouvoir en place. Un portrait faussé, déformé par l’idéologie dominante, d’une police « exemplaire » mais aussi « épuisée », « sur les nerfs », « blessée dans ses rangs », pour toujours mieux invisibiliser les blessés et les morts de notre classe, pour demain légitimer et amplifier la répression policière, armer lourdement les forces de l’ordre, et criminaliser le mouvement ouvrier.

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