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Politique

Futures trahisons

Jean-Claude Mailly prêt à négocier sur le plafonnement des indemnités prud’homales

Coup de tonnerre chez les syndicats : Jean Claude Mailly, numéro un de Force Ouvrière, a annoncé vouloir ouvrir une négociation sur ce sujet. Une rupture de digue qui est en soit une large défaite pour tous les ouvriers, qui seront donc bientôt menacés des licenciements abusifs à répétition.

Le plafonnement des indemnités prud’homales, une mesure centrale pour le patronat

Le Medef en parle depuis longtemps et a bien failli réussir à l’obtenir à deux reprises : la première fois, lors de la mise en place de la loi Macron, la mesure, à l’origine votée avec le texte, a été retoquée par le Conseil Constitutionnel ; la seconde fois, la mesure, cette fois ci incorporée à loi travail, a été enlevée suite aux négociations avec la CFDT, avant que cette dernière décide de soutenir la loi du gouvernement. Pour rappel, le plafonnement des indemnités prud’homales est une mesure réclamée par les grandes entreprises car elle leur permettrait de licencier des employés, même abusivement, en sachant le coût des indemnités prud’homales qu’elles auraient à payer au cas où les prud’hommes jugeraient le licenciement « abusif ». Du pain béni pour les grandes multinationales, qui n’auraient presque plus à cacher que les licenciements sont abusifs par divers trucages financiers ou embrouilles politiques : il suffira de payer ! Les représentants du CAC40 essayent même de nous expliquer que faciliter les licenciements par cette mesure permettrait de « lutter contre le chômage de masse » ! Un argument qui ne tient évidemment pas, et, jusqu’ici, l’intégralité des centrales syndicales, de la CFDT à la CGT étaient strictement contre cette mesure qui, de toute évidence, est et reste contre les intérêts des travailleurs.

La CFDT retourne sa veste, Force Ouvrière suit

Le coup de tonnerre qui a eu lieu tient au fait que les centrales syndicales réformistes acceptent cette mesure, qui ne pourra jamais être à l’avantage des salariés. La direction de la CFDT, incarnée par Laurent Berger, celle qui a signé des deux mains la loi Travail, et qui s’était dite opposée à toute réforme concernant les indemnités prud’homales, a vite ouvert la porte des négociations après les rencontres de cette semaine avec le gouvernement : au sortir de la réunion avec Muriel Pénicaud, la successeur Myriam El Khomri, le leader de la CFDT avait affirmé qu’un tel plafonnement des indemnités prud’homales «  ne peut se faire avec un plafond bas, sans plancher et sans dérogations possibles  ». Un bon moyen de franchir l’opposition nette pour permettre à une énième réforme antisociale de passer, le tout pour préserver un « dialogue social ». Car chacun sait, quelle que soit la hauteur du plafond et du plancher, qu’un travailleur sans emploi reste quelqu’un qui n’a rien pour vivre : la hauteur des indemnités importe peu face à la nécessité de supprimer le chômage.

Après la déclaration de la CFDT, Jean-Claude Mailly s’est empressé de lui emboîter le pas, en réclamant lui aussi un plancher pour les indemnités et en ajoutant : « ça dépend du niveau du plafonnement, et il faudrait prévoir une forme de dérogation pour donner au juge une possibilité d’appréciation  ». Il a en outre laissé entendre que les voix de FO pour faire passer cette réforme s’obtiendraient à conditions qu’il y ait des contreparties, à savoir les indemnités légales de licenciements et les indemnités versées au salarié en cas de rupture conventionnelle. Face aux très nombreuses usines qui arrivent déjà à licencier « économiquement » ou qui n’embauche aucune personne pour remplacer les départs à la retraire et qui pourtant font des milliards de profits, ces contreparties ne feront en aucun cas reculer un patronat qui n’attend qu’une chose : pouvoir disposer à sa guise de petites mains licenciables à tout moment.

La direction de la CGT de plus en plus isolée

Face aux trahisons des directions de la CFDT et de FO, Martinez et la Confédération Générale du Travail se retrouvent particulièrement isolés face à Macron et son gouvernement de combat. Si le refus de toute négociation pour le plafonnement des indemnités prud’homales doit rester une ligne rouge à ne pas franchir, les annonces des autres centrales doivent pousser la centrale de Montreuil à commencer à préparer les prochains affrontements, en opposant au (très court) calendrier du président pour faire passer sa loi Travail un calendrier de lutte qui s’y opposerait, un réel plan de bataille de lutte pour durcir un rapport de force avec un exécutif qui ne compte rien lâcher. Les six jours de grève dans le transport routier ont montré toute la force de notre classe sociale quand elle se mobilise, que ce soit pour ses conditions de travail spécifique ou contre des lois qui concernent le plus grand nombre comme durant la loi Travail : leur grève a permis d’assécher en quelques jours les stations services de toute l’Île-de-France et démontrer qui fait vraiment tourner la société.




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