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Politique

Acharnement judiciaire

Jean-Marc Rouillan condamné en appel pour « apologie du terrorisme »

Mardi dernier, Jean-Marc Rouillan, condamné à la réclusion à perpétuité en 1989 et bénéficiant d’un régime de semi-liberté depuis 2011, a été condamné en appel par la cour d’appel de Paris pour apologie du terrorisme sur la base d’une citation tronquée à propos des attentats de Paris. Un jugement politique pour l’ancien militant d’Action directe.

Dans un entretien pour la revue satirique marseillaise Le Ravi donné le 23 février 2016, Jean-Marc Rouillan avait mentionné le courage des terroristes qui ont perpétré les attentats à Paris contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher tout en condamnant leurs actes et « leurs idées réactionnaires » : « ils se sont battus courageusement. Ils se battent dans les rues de Paris, ils savent qu’il y a 2 000 ou 3 000 flics. Souvent, ils ne préparent même pas leurs sorties parce qu’ils pensent qu’ils vont être tués avant d’avoir fini l’opération. Les frères Kouachi, quand ils étaient dans l’imprimerie, ils se sont battus jusqu’à la dernière balle. On peut dire qu’on est contre leurs idées réactionnaires, on peut parler de plein de choses contre eux, dire que c’était idiot de faire ça mais pas dire que c’est des gamins qui sont lâches ».

Immédiatement, les autorités, à commencer par Cazeneuve, pourtant responsables de la mort de Rémi Fraisse, sont montées au créneau contre l’ancien membre d’Action directe, responsable du double meurtre de l’ingénieur général de l’armement René Audran (1985) et du PDG de Renault Georges Besse (1986). Ses propos déformés ont rapidement servi de prétexte pour condamner une extrême gauche qui n’acceptait pas l’état d’urgence imposé par le gouvernement, comme la répression contre la manifestation organisée contre la COP 21 le montre parfaitement. Pourtant, les propos de Rouillan sont sans ambiguïté tant sur la condamnation de la barbarie des actes que sur l’identification des causes impérialistes qui les ont produites : « Les aviateurs français qui combattent en Irak et en Syrie favorisent Daech. Quand on bombarde une école, on lève 2 000 combattants pour Daech ».

Jugé le 24 juin 2016 et condamné le 7 septembre à 8 mois de prison ferme, Rouillan avait bénéficié d’une campagne de soutient de la part du Collectif pour l’abandon des poursuites contre Jean-marc Rouillan et d’un procès en appel. Mardi dernier, le verdict de la justice de classe est tombé et il est encore plus sévère qu’en première instance : 18 mois de prison dont 10 mois assortis d’un sursis et 8 mois aménageables en liberté conditionnelle, le tout accompagné d’une amende de 1 000 euros à verser à l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT) et d’une interdiction de commenter l’affaire en public.

Christian Etelin, avocat de Jean-Marc Rouillan, dénonce une « aberration juridique » et un procès politique. À juste titre, l’avocat qui accompagnera l’ancien militant d’Action directe en cassation, souligne que « Ce ne sont pas les faits que l’on a jugés mais l’individu Jean-Marc Rouillan ». Il épingle au passage le deux poids deux mesures dont est victime Rouillan en affirmant : « Quand Éric Zemmour tient les mêmes propos à la télévision, il n’est pas condamné ». Le procès d’intention qu’on fait à Jean-Marc Rouillan n’est rien d’autre qu’une volonté de la part de l’État contre l’ancien membre d’Action directe. C’est aussi une façon de faire taire tous les opposants à l’état d’urgence permanent et à l’impérialisme français responsable des guerres et du terrorisme.

Photo Remy Artiges pour « Libération ». Jean-Marc Rouillan le 18 Juin 2015.




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