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Société

La famille exige justice et vérité

Jérôme, tué par la gendarmerie le 20 mai : le récit policier révèle de nombreuses incohérences

Jeune paysan de Saône-et-Loire, Jérôme Laronze a été tué par la gendarmerie le 20 mai dernier. A ce jour, l’enquête piétine et la famille dénonce « un sentiment de mise à l’écart et de dissimulation » dans l’enquête, qui rend l’incompréhension plus grande encore. Nous relayons ci-dessous le texte accablant publié le 22 juillet sur la page Facebook Justice pour Jérôme, qui révèle de nombreuses zones d’ombres autour de ce crime policier.

LA PENIBLE ATTENTE DE LA FAMILLE

Jérôme est mort le 20 mai dernier suite à six tirs, dont trois mortels, de deux gendarmes venus l’interpeller alors qu’il avait été identifié sur la commune de SAILLY, assoupi dans sa voiture.

Jérôme était recherché par les services de gendarmerie depuis le 11 mai, à la suite de la venue sur sa ferme de plusieurs agents de la DDPP, qui s’étaient placés sous la protection de nombreux gendarmes armés.

Jérôme se sentait particulièrement menacé en raison des violences et humiliations subies lors des précédents contrôles et a refusé de participer à un nouveau contrôle devant conduire à la saisie de son cheptel, n’ayant d’autre choix que de fuir pour échapper à cette nouvelle violence.

Avant de s’enfuir, Jérôme a laissé un témoignage écrit décrivant l’état de désespoir profond dans lequel l’avait conduit les contrôles subis.
Ce témoignage était connu des forces de l’ordre et de leur commandement pour avoir été saisi le jour même à son domicile.

9 jours se sont écoulés entre sa fuite et son décès.

Alors que Jérôme avait besoin d’aide et de protection, quelles mesures et décisions ont été prises pendant ses neufs jours ?
A ce jour, sa famille reste dans l’ignorance absolue et insupportable des moyens mis en œuvre afin d’éviter le pire.
Mais le pire est arrivé, le 20 mai dernier !

Que s’est-il réellement passé ce 20 mai, au croisement de deux chemins de terre sur les hauteurs de SAILLY ?

Deux gendarmes auraient pris l’initiative d’interpeller seuls un homme fatigué, exténué, harcelé, aux abois depuis 9 jours, en déployant encore et encore la force.
Acculé dans un petit chemin de terre étroit, Jérôme aurait alors tenté de s’enfuir en « fonçant » sur les deux gendarmes, dont le véhicule faisait front au sien à quelques mètres, selon la position des enquêteurs.

Selon les gendarmes, ceux-ci auraient alors fait feu afin d’éviter de finir sous les roues du véhicule.
Si la vie des gendarmes étaient menacés, c’est qu’ils devaient se trouver face au véhicule et dans l’impossibilité d’échapper au bolide roulant à vive allure sur eux.

Or, selon les indications fournies oralement à la famille, Jérôme était assoupi dans sa voiture, une vieille Toyota peu puissante, lors de l’arrivée des agents et a dû se réveiller, puis ensuite démarrer sa Toyota, à une vitesse forcément réduite avant de « foncer » sur les gendarmes, qui se dirigeaient vers lui à moins de 10 mètres.

Mais si Jérôme « fonçaient » sur lesdits agents, alors pourquoi les tirs sur son véhicule et sa personne sont soit des tirs latéraux (tir côté passager droit de son véhicule ayant atteint l’artère fémorale) soit des tirs venant de l’arrière de son véhicule (plusieurs tirs par la lunette arrière ayant atteint les omoplates et les organes vitaux) ?

Comment Jérôme pouvait-il « foncer » sur deux gendarmes dont les distances et l’étroitesse des lieux montrent l’impossibilité matérielle d’une telle hypothèse ?

Plus de deux mois se sont écoulés depuis son décès et pour nous, sa famille, ses proches, les interrogations restent nombreuses et les incompréhensions totales au regard des premières explications fournies.

Des investigations ont été conduites avec transport sur les lieux (hors la présence de la famille), des expertises réalisées, des auditions conduites, mais nous, sa famille, sommes à ce jour tenues dans l’ignorance la plus totale de leurs résultats.
Cela est inacceptable car à la souffrance de la mort brutale et injuste de Jérôme s’ajoute un sentiment de mise à l’écart et de dissimulation.

Nous demandons justice ce qui suppose un accès rapide et sans entrave à tous les éléments de l’enquête afin de pouvoir comprendre et nous assurer des conditions dans lesquelles les investigations ont été réalisées, les témoignages recueillies et les preuves conservées.

Chacun sait que les investigations conduites dans un temps rapproché des faits sont capitales et déterminantes pour établir la vérité et rechercher toutes les responsabilités.

Alors qu’une information judiciaire a été ouverte fin juin, pour violences aggravées ayant entrainé la mort sans intention de la donner et confiée à deux juges d’instruction du Tribunal de CHALON SUR SAONE, la famille n’a toujours pas eu accès au dossier et aux résultats des investigations et auditions conduites en amont.

Nous ne voulons pas y voir une entrave à nos droits de partie civile mais nous serons dans un état de vigilance permanent au regard des enjeux de cette affaire.

Lire aussi Justice et vérité pour Jérôme, paysan de 36 ans tué par la gendarmerie le 20 mai 2017.

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