Politique

De la neutralité des médias

Journaux et JT coalisés pour la fin du mouvement social

Publié le 16 septembre 2016

Le mouvement contre la loi travail et son monde est remarquable par son longévité : près de 4 mois de lutte au printemps, durant lesquels se sont enchaînés mouvement étudiant puis des grèves dans certains secteurs clés. Puis l’été : la fin du mouvement annonce-t-on ici et là. La réalité de l’été, et ses évènements réactionnaires –de l’attentat de Nice à la polémique du burkini, en passant par l’assassinat d’Adama Traoré- laisse présager un « retour à la normale » pour la rentrée. Cependant, la journée d’action du 15 septembre a montré la détermination des militants du mouvement, qu’ils soient dans le cortège de tête ou dans les cortèges syndicaux. Leur détermination à ne pas lâcher, à continuer à lutter. Mais contre ceux-ci, une foule d’ennemis qui préfèreraient les voir rentrer chez eux. Parmi ces ennemis du mouvement social : les médias dominants qui ont magistralement exprimé le désir des classes dominantes, que le 15 septembre soit un « baroud’honneur ». Il n’en est rien.

Charles Tired

Entre retour des « casseurs » et « baroud’honneur »

Comme une bonne petite troupe de ministres ayant reçu leurs éléments de langage de Matignon, tous les médias dominants, de « gauche » comme de droite ont développé à l’unisson le même message, pas le message de la réalité matérielle de cette journée de mobilisation, mais bien le message que les détenteurs de ces mêmes médias voulaient entendre, à savoir : la fin de la mobilisation. Dans ces éléments de langages, deux mots : « baroud’honneur » et « échauffourées ». Loin de refléter ce qu’était cette première journée de rentrée, ces mots résonnent comme le rêve des classes dominantes face à un milieu qui a largement rompu avec le monde qu’ils veulent imposer. Ces journaux, appartenant souvent à des milliardaires français qui ont des intérêts économiques dans le monde du travail ont ainsi pu titrer :

Xavier Niel, 10ème fortune française : « Manifestations contre la loi travail : c’est le clap de fin de la mobilisation » » avec Le Monde,

Serge Dassault, 5ème fortune française ; « Manifestations anti-loi travail : 62 interpellations dans toute la France » avec Le Figaro

François Pinault, 8ème fortune française ; « Manifestation contre la loi travail : échauffourées à Paris » avec Le Point

Le Crédit Agricole et le Groupe Rossel ; « Loi travail, une page se tourne après l’épreuve de la rue » avec La Voix du Nord

Patrick Drahi, 6ème fortune française : « Bella Ciao, pavés et lacrymos : le retour de la loi travail dans la rue » avec Libération

Bernard Arnault, 2ème fortune française, « Loi travail : une dernière journée d’action en forme de baroud’honneur » dans Les Echos

La République française disait quand à elle, « Le baroud’honneur des manifestants contre la loi travail » avec France 3

Et la liste n’est évidemment pas exhaustive…

Et pour bien diffuser le message de la préfecture, tous les médias ont évidemment annoncé à l’unisson le contenu de sa déclaration. Ainsi le titre « Manifestation loi Travail : 62 interpellations dont 32 gardes à vue en France » revient avec exactitude dans les journaux suivant : Les Echos, France-infos, L’Express, Le Point, La Dépêche, Le Monde, LCI, Le Figaro, sans compter ses déclinaisons diverses et variées. Où sont les slogans, le nombre de manifestants, les interviews, les chants de manifestation, où est la répression, où sont les grèves et les expressions de coordination ?

Déformer la réalité pour en créer une autre

Un article de journal ne peut pas être objectif : c’est la voix d’un journaliste, d’un comité de rédaction, d’un détenteur du journal. Tous ces agents ne sont pas objectifs et ont des intérêts matériels propres. Dans ce système, le journal est une voix qui ne donne pas l’information mais une information, dans laquelle celui qui parle est parfois plus important que les faits décrits. D’autant plus quand les détenteurs du journal, qui nomment les comités de rédaction, qui contrôlent les journalistes, ont des intérêts économiques ailleurs que dans ce journal, dans des entreprises qu’ils contrôlent par exemple, dans les entreprises de leurs familles et de leurs amis. Quand ces intérêts rentrent en contradiction avec la réalité matérielle des choses, la déformation prend alors tout son sens : il s’agit de tordre l’information qu’on donne sur la réalité pour agir sur celle ci. Dans le cas présent, des journaux tentent à tout prix de faire du 15 septembre un baroud’honneur, alors que cette idée était dans la tête d’une minorité pour agir sur les conscience d’une grande communauté de lecteurs : si c’était le « baroud’honneur », pourquoi me mobiliserai-je maintenant ?

Notre journal, Révolution Permanente, ne cherche pas non plus à être objectif. Cependant, en partant de la description de la réalité matérielle d’une manifestation, d’un rassemblement, d’un procès, d’un plan de licenciement, notre comité de rédaction cherche avant tout à donner la voix aux travailleurs, aux exploité-es et opprimé-es plutôt qu’aux dominants et oppresseurs. C’est pourquoi nous préférons publier le témoignage d’une manifestante gazée dans le métro plutôt que les communiqués de la préfecture. C’est pourquoi nous préférons publier le témoignage d’une infirmière de l’AP-HP qui expliquent les réalités matérielles du plan Hirsch plutôt que l’interview de l’instigateur de ce même plan. Tel est le projet de Révolution Permanente : un journal au service de notre camp social, plutôt qu’un journal au service de la classe dominante.