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Politique

Edito

Jupiter n’est plus… Mais que font les directions syndicales ?

Alors que Macron semble plus affaibli que jamais la stratégie des directions syndicales pourrait au contraire lui permettre de se relégitimer. Exigeons la fin des négociations !

Macron et le gouvernement toujours plus affaiblis…

C’est presque devenu un lieu commun. Des enquêtes d’opinion aux éditorialistes en passant par les proches soutiens du président ou encore au sein de son groupe parlementaire, tout le monde s’accorde sur le constat : Jupiter n’est plus. Y compris au sein du gouvernement certains parlent de « fin de règne », d’autres en viennent à soupçonner le premier ministre Edouard Philippe de convoiter, en secret, la mairie de Paris et craignent qu’il ne lâche lui aussi le Président.

Jusqu’à présent, les tentatives de l’executif pour enrayer la crise sont restées inefficaces, comme en témoigne l’échec de sa communication autour du « plan pauvreté ». Ces « rééquilibrages » sont loin d’être suffisants pour décoller l’image de « président des riches » qui pèse, à raison, sur Emmanuel Macron. Pour tenter de mettre fin au cercle vicieux que traverse la macronie, les proches du président insistent pour qu’il s’adresse directement aux français dans l’espoir qu’un peu de « pédagogie », pour reprendre leur mot, suffise à redorer l’image de Jupiter.

Mais c’est sans compter sur les difficultés plus structurelles qui pèsent sur Macron et qui sont loin de se résumer à une question de communication. Lors de sa première année de mandat, la stratégie de celui-ci consistait grosso modo à passer en force pour imposer ses attaques anti sociales en s’appuyant sur son image de président tout puissant tout en promettant des résultats rapides, aux patrons et à la bourgeoisie française, mais également à sa (faible) base sociale en se donnant une image de « président du pouvoir d’achat ». Mais comme c’était à prévoir les marqueurs économiques révèlent que la croissance est plus basse que prévue, le chômage plus haut, et que les travailleurs et les jeunes doivent faire face à une hausse des prix et une baisse des aides sociales.

Aujourd’hui, cette question du pouvoir d’achat devient un véritable test pour l’executif. Or, là où le bât blesse c’est qu’au-delà de la guerre des chiffres à laquelle s’adonnent les politiciens, de la majorité à l’opposition, le problème principal c’est que ces chiffres ne correspondent pas au ressenti des français. Ainsi, au contraire de ce que promettait Macron, 86% des français jugent que leur pouvoir d’achat a baissé au cours de cette année. Cette question est de loin celle qui inquiète le plus les Français (59% selon le dernier sondage du baromètre HEC). Cette préoccupation témoigne du refus de voir s’aggraver encore la précarité qui touche de plus en plus de ménages, quand dans le même temps le gouvernement fait des cadeaux à une minorité de très riches.

… mais que font les directions syndicales ?

Dans ce contexte, on pourrait s’étonner de voir Macron continuer, bon an mal an, à poursuivre dans son agenda de contre réformes, à commencer par celle sur l’assurance-chômage, dont les négociations avec « les partenaires sociaux » devraient commencer dès la semaine prochaine. Une lettre de cadrage a été envoyée par Matignon pour fixer les grandes orientations de la réforme envisagée, qui doit notamment permettre d’économiser près de 3,9 milliards d’euros, ainsi que de réformer le système et les règles d’attribution. Le gouvernement affirme sa volonté de faire des économies sur le dos des chômeurs, qui vivent déjà dans des conditions d’extrême précarité. Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT n’a surpris personne en acceptant d’aller négocier avec Matignon, mais c’est maintenant au tour du chef de Force Ouvrière, Pascal Pavageau, qui a lui aussi fait savoir que son syndicat serait présent aux tables des négociations. Reste à savoir ce que fera la CGT, mais il y a tout à parier qu’elle s’y rendra elle aussi.

Nous avons déjà écrit sur cette stratégie de négociation dont font preuve les directions syndicales et sur le fait qu’il s’agissait d’une politique délétère pour le monde du travail et pour l’ensemble de la population. En effet, en choisissant le terrain de la négociation, le message qui est envoyé aux travailleurs c’est qu’il serait possible de trouver un terrain d’entente avec le gouvernement et les organisations patronales autour d’une table. Les directions syndicales révèlent leur adaptation totale à l’illusion du « dialogue social », expression utilisée en réalité pour désigner l’institutionnalisation des organisations du mouvement ouvrier et leur soumission à une logique de collaboration de classe.

Pourtant, si le mouvement ouvrier est fort c’est d’abord par son nombre et par ses propres méthodes de lutte, c’est-à-dire celles de la lutte des classes. Les travailleurs ont tout à perdre à aller négocier à la table des « partenaires sociaux », qui n’ont rien de partenaires mais qui sont en réalité des ennemis de classe qui ont des intérêts tout simplement antagoniques à ceux de la grande majorité de la population. De plus la date du 9 octobre apparaît déjà comme ce qu’elle est : une énième date isolée et très peu préparée, qui ne ressemble en rien à une politique susceptible de faire reculer le gouvernement. A l’inverse, il faudrait taper fort dès cette rentrée pour proposer un véritable plan de bataille avec des appels à la grève dans les différents secteurs attaqués, en organisant des assemblées générales sur les lieux de travail, et en l’articulant à la perspective de la grève générale pour mettre en échec Macron.

C’est pourquoi la stratégie des directions syndicales n’est pas simplement erronée mais elle s’apparente à une véritable traitrise. La régression sociale ne se négocie pas. En effet, dans un moment où l’exécutif et Macron lui-même se retrouvent extrêmement affaiblis et isolés, accepter le terrain du « dialogue social » revient à redorer la légitimité du gouvernement, quand il faudrait plutôt chercher à approfondir sa crise. Si les directions du mouvement ouvrier ne rompent pas immédiatement avec cette stratégie, les brèches qui se sont ouvertes au sein de la macronie pourraient bien se refermer. Et si pour le moment il n’existe aucune fatalité à ce que la crise de l’exécutif profitent aux forces réactionnaires, la politique des directions syndicales pourraient conduire à ce que la colère légitime qui s’exprime contre la politique du gouvernement soit capitalisée par l’extrême droite.

Crédits photo : Benoit Tessier




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