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Justice et vérité pour Giulio Regeni

L’avocat de la famille de Giulio Regeni, l’étudiant italien tué par les forces de sécurité égyptiennes, est porté disparu.

Giulio Regeni menait une recherche sur le syndicalisme indépendant dans l’Égypte post-révolutionnaire. Il a été retrouvé mort après avoir disparu en 2016. On soupçonne très fortement les services d’intelligence égyptiens d’être derrière son meurtre. Lundi dernier, l’avocat de la famille Regeni a lui aussi disparu alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays.

Regeni était un doctorant en sciences politiques à l’université de Cambridge. Au Caire, il menait une recherche « de terrain », comme on dit dans le milieu de la recherche. Il enquêtait sur les vendeurs de rue, qui avaient créé leur propre syndicat pendant l’effervescence politique après la chute de Moubarak. Mais en 2015, le vent révolutionnaire avait cessé de souffler sur le monde arabe. La contre-révolution était en marche. Des militants et journalistes étaient arrêtés, on commençait à parler de disparitions forcées. On estime qu’il y aurait aujourd’hui plus de 40 000 prisonniers politiques (libéraux, militants de gauche ou frères musulmans). Il était devenu difficile pour un jeune italien de mener une recherche sur un sujet sensible.

La nuit du cinquième anniversaire de la révolution, le 25 janvier 2016, Regeni disparait alors qu’il allait rejoindre des amis. Le 3 février on découvre un corps affreusement torturé sur une autoroute menant au Caire : c’était les restes de Giulio Regeni.

La mort de Regeni a produit un incident diplomatique entre l’Italie et l’Egypte. L’Italie a accusé les autorités locales d’entraver les investigations et de refuser de coopérer. En avril 2016, l’ambassadeur italien a été rappelé en signe de protestation. Les autorités égyptiennes, avec l’aide des médias, ont tout fait pour discréditer Regeni : il était un espion étranger, il était homosexuel et il aurait donc été victime d’un crime passionnel, etc.

L’agence Reuters publie en avril 2016, sur la base de témoignages de membres de la police, que ce sont bien les forces de sécurité de l’Etat qui ont arrêté Regeni. Pourtant, malgré une campagne internationale, jusqu’à présent on n’a toujours pas jugé les coupables. Une enquête du New York Times, fait un long récapitulatif de l’affaire, où on voit que des intérêts internationaux sont clairement en jeu.

Lundi dernier, Ibrahim Metwally Hegazy l’avocat de la famille Regeni en Egypte a été porté disparu après qu’il ait été arrêté dimanche à l’aéroport. Metwally Hegazy, dont le fils a aussi disparu il y a quatre ans, est le responsable de Union des familles de disparus. Entretemps, s’il est connu de tous que les autorités égyptiennes ont mis des obstacles à l’enquête, le gouvernement italien n’est pas non plus libre de torts. L’Italie est le principal partenaire commercial de l’Egypte, avec près de 6 milliards de dollars en 2015, notamment en vente d’armes. Quelques jours avant la disparition de Metwally Hegazy, le gouvernement italien renouait les relations diplomatiques avec l’Egypte. Après tout, le business passe devant les droits des hommes…




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