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RDC. Vers un nouvel cycle de contestation ?

« Kabila dégage ! ». Au Congo, l’opposition appelle à paralyser Kinshasa

Il aurait dû quitter son poste de président de la RDC en décembre 2016. Joseph Kabila n'a de cesse de repousser les élections. Le 31 décembre, un accord a été signé pour que les élections se fassent en 2017 mais voilà que nous sommes en août et toujours pas d'élections prévues. L'opposition appelle à la mobilisation contre celui qui est arrivé à la présidence, en 2001, en succédant à son père. Crédit photo : KENNY KATOMBE/REUTERS

Depuis le 20 décembre 2016, date à laquelle son mandat a officiellement pris fin, il manœuvre pour reporter le scrutin présidentiel, initialement prévu à la fin de l’année dernière, avant d’être annoncé pour 2017. Sauf que, plus les mois passent et plus il semble improbable que Kabila, qui tient les rênes du pouvoir depuis 2001, ne les lâche avant 2018.
C’est pourtant ce qu’il avait promis, juste après la fin officiel de son mandat à l’opposition politique et au peuple congolais, après les manifestations anti-régime violemment réprimées de septembre et de de décembre 2016. Réunis à Kinshasa, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), créé par Kabila, et le Rassemblement, une plateforme d’opposition dirigée par Etienne Tshisekedi et Pierre Lumbi, un proche de Moïse Katumbi, avaient même signé un « accord global et inclusif » sur la gestion de la transition politique. Il était question que le poste de Premier ministre devait revenir à l’opposition en attendant les élections et que la présidentielle, les législatives et les provinciales aient lieu en 2017.
Pour l’instant, aucune négociation n’a abouti. L’opposition parle de sabotage du gouvernement. En juin dernier, Kabila a annoncé vouloir organiser des élections dans un délai rapproché mais pour qu’elles soient avant la fin de cette année il faut faire vite car, selon la loi électorale, la date du scrutin doit être annoncée au moins 90 jours. Après le 30 septembre, les élections se tiendraient en 2018.

Une opposition qui passe à l’offensive

L’opposition et le peuple congolais sont descendus plusieurs fois dans les rues de la RDC pour contester cette situation. Chacune des manifestations a été durement réprimée. Cette semaine, à Kinshasa, au moins 12 personnes ont été abattues dans des affrontements près de la prison de Makala, principal centre pénitencier de la capitale. Lundi 31 juillet, lors d’une journée de mobilisation, des dizaines de manifestants et journalistes ont été interpellés dans plusieurs villes du pays. Amnesty International parle d’« une centaine de personnes arrêtées, y compris des journalistes qui couvraient les manifestations ».
Pour autant l’opposition ne désarme pas. Elle appelle à deux journées villes mortes pour sortir le pays de l’impasse politique lié au maintien au pouvoir de Joseph Kabila qui, selon la Constitution ne peut pas se représenter. Elle a également annoncé un plan d’action précis.

Il y aura donc ce mardi 8 août et mercredi 9 août une opération ville morte, nouvel avertissement après la journée du 3 avril dernier où les trois plus grandes villes du pays avaient tournées au ralenti. Elle appelle également à des rassemblements le 20 août prochain dans les 25 provinces du pays et dans la capitale. Si, après, rien ne bouge, elle a annoncé d’avoir recours à la désobéissance civique. A partir du 1er octobre, la population serait appelée à refuser de payer les taxes impôts et factures dû à l’État.
Tous ont encore en tête le scénario de septembre et de décembre 2016 qui peut encore se reproduire. 90 jours avant la fin du scrutin de Kabila, des manifestants avaient demandés la convocation de nouvelles élections, ces manifestations ont été réprimées dans le sang faisant 53 morts selon l’ONU.

Kabila essaye par tous les moyens de rester en place

En 2011, Kabila a réussi à modifier la constitution pour faire passer la présidentielle de deux tours à un seul tour, ce qui, en parti, lui a permis de remporter les élections de manière très controversée cette année-là. Par la suite il a essayé de réviser la Constitution pour obtenir un troisième mandat, ce qui a échoué. La stratégie actuelle de Kabila est celle du pourrissement. Ainsi, sans élections, les institutions, et Kabila, se maintiennent au pouvoir. D’après le gouvernement, la tenue des élections avant la fin de l’année est illusoire au vu de la situation sécuritaire dans deux provinces du pays, au Kasaï et au Kivu. Le conflit au Kasaï a déversé sur les routes près de deux millions de déplacés. L’opposition accuse les autorités d’entretenir les flambées de violence dans ces régions, alimentées également par les grandes multinationales minières qui opèrent dans l’Est de la RDC.
Martin Fayulu, candidat à la présidentielle pour le compte du parti politique Engagement pour la citoyenneté et le développement, a déclaré en juillet dernier :

« Élections ou pas, Joseph Kabila n’aura pas un an de plus. L’accord lui a donné un sursis d’un an, il n’en aura pas plus. Il doit partir le 31 décembre 2017. »

Il explique aussi qu’ « aujourd’hui, l’accord de la Saint-Sylvestre stipule que Kabila ne devrait plus se représenter à une élection présidentielle en RD Congo. C’est acté et écrit dans l’accord. L’accord confirme qu’il n’y aura ni changement de la Constitution, ni révision de celle-ci, quelle que soit la voie empruntée. » Pour l’instant Kabila n’a pas l’air de vouloir laisser sa place et s’y accroche comme il peut. Le problème que doit affronter Kabila, en plus de l’instabilité politique, c’est l’instabilité économique. Après une période de stabilité au début des années 2000, le pays connaît une récession inquiétante qui voit les classes moyennes et populaires perdre leur pouvoir d’achat. Un magistrat du parquet témoigne de cette inquiétante situation économique. « Il y a quelques mois, mon salaire mensuel de 920 000 francs congolais pouvait être converti en environ 1 000 dollars. Aujourd’hui il n’en vaut même plus 600 ». Pour ne pas subir les fluctuations du franc congolais, les prix des loyers, du carburant comme des produits de première nécessité, mais aussi les frais de scolarité restent, eux, calqués sur la devise américaine.
De fait, Kabila se trouve dans une situation périlleuse. Le peuple congolais souhaite que la constitution soit respectée et que le chef de l’État renonce à son poste dans l’année mais il est également poussé à la mobilisation par une situation économique plus qu’inquiétante. Un cocktail explosif face à un dictateur qui tient le pouvoir depuis 16 ans.




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