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Vu sur Le courrier de l'Atlas

Khadija, l’adolescente violée qui émeut le Maroc

Le témoignage d'une adolescente marocaine disant avoir été kidnappée et martyrisée pendant près de deux mois par un groupe d'hommes a suscité une importante mobilisation sur les réseaux sociaux. Une pétition pour lui venir en aide a rassemblé plus de 13 000 signatures.

Mobilisation sur les réseaux sociaux après l’agression sexuelle subie par une adolescente marocaine. Illustration : Nad Art

Article publié initialement sur Le courrier de l’Atlas

#Khadija, #JusticepourKhadija, #NoussommestousKhadija... Ces hashtags, souvent accompagnés d’un dessin de femme nue, tatouée, le visage barré d’un « SOS », sont devenus viraux ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Ils visent à soutenir Khadija, une adolescente marocaine de 17 ans, dont le témoignage a ému et choqué le Maroc.

Dans plusieurs interviews accordées à des médias marocains, l’adolescente affirme avoir été enlevée il y a trois mois devant chez sa tante à Fqih ben Saleh dans le centre du pays, par des garçons connus pour appartenir à une « bande dangereuse ».

« Ils m’ont séquestrée pendant près de deux mois, violée et torturée, (...) je ne leur pardonnerai jamais, ils m’ont détruite », déclare-t-elle en montrant des tatouages graveleux et des traces de brûlures de cigarettes sur son corps.

L’état de Khadija « est stable, nous essayons de la soutenir, de lui assurer que justice lui sera rendue et de lui dire qu’elle n’y est pour rien (...). Nous sommes émus par l’élan de solidarité », a affirmé son père, Mohamed Okkarou.

Une pétition intitulée « Venons tous à la rescousse de Khadija » et destinée à fournir à la jeune fille des soins et une aide psychologique a déjà recueilli, en ce lundi 27 août, plus de 13 000 signatures.

Selon Mohamed Okkarou, trois des agresseurs ont été arrêtés samedi. Il affirme également que la première audience du procès aura lieu le 6 septembre. Au total, 12 personnes ont été interpellées dans le cadre de cette affaire, a indiqué à l’AFP Naima Ouahli, membre de l’Association marocaine des droits humains à Beni Mellal, près de Fqih ben Saleh. Lundi midi 27 août, la police et le parquet marocains n’avaient pas encore commenté le cas de la jeune femme.

Le sujet est d’autant plus sensible dans le royaume qu’il fait écho à de multiples faits divers ayant ému l’opinion ces dernières années. En 2012, Amina Filali, une adolescente de 16 ans, s’est suicidée après avoir été contrainte d’épouser son violeur. La mobilisation civile après sa mort a notamment débouché sur l’abrogation en 2014 de l’article 475 du code pénal, qui permettait aux violeurs d’échapper à la prison en épousant leur victime.

Fin 2015, une jeune fille 16 ans s’est immolée par le feu après avoir été victime d’un viol collectif, ses agresseurs l’ayant fait chanter en la menaçant de diffuser des vidéos de son viol.

Huit personnes ont été condamnées à des peines allant de 8 à 20 ans de prison. En août 2017 puis en mars 2018, deux vidéos ont défrayé la chronique : la première montrait l’agression sexuelle collective d’une jeune femme dans un bus à Casablanca, la deuxième l’agression sexuelle d’une adolescente par un jeune homme en plein jour.

Le 14 février dernier, après plusieurs années de débats, le parlement marocain a adopté une loi contre les violences faites aux femmes. Ce texte incrimine pour la première fois « certains actes considérés comme des formes de harcèlement, d’agression, d’exploitation sexuelle ou de mauvais traitement ». Il durcit également les sanctions pour certains cas et prévoit des « mécanismes pour prendre en charge les femmes victimes » de violences.

Mais cette avancée a été jugée insuffisante par plusieurs associations et personnalités marocaines.




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