Politique

« Se défouler sur Kardashian n’est pas très (lutte des) classe »

#KimKardashian. Quand Libération se défoule sur Philippe Poutou pour défendre la « bienpensance »

Publié le 7 octobre 2016

Le braquage de la star de téléréalité aura fait couler beaucoup d’encre et de larmes dans les chaumières. Dans cet émoi généralisé entourant le saucissonnage de Kim Kardashian et le vol de ses bijoux, d’une valeur de 10 millions de dollars, le 3 octobre dernier, quelques voix ont osé s’élever pour ramener l’événement à sa mesure. Parmi eux, Philippe Poutou, candidat à la présidentielle pour le NPA, avec son tweet évoquant l’affaire, un début de « redistribution des richesses ». Aussitôt dit, aussitôt épinglé, par Libération qui n’a pas hésité à s’offusquer contre la « bienpensance » de ceux qui oseraient, à contre-courant de tous les autres, mettre en avant le « deux poids, deux mesures » et dénoncer ce que l’affaire révèle du niveau extrême d’inégalités dans nos sociétés.

L’histoire de Miss Kardashian n’a rien de réjouissant. C’est d’abord celle de l’agression d’une femme, entravée, bâillonnée et laissée pour compte dans sa baignoire. Pas violences physiques notoires reportées jusqu’à présent, mais bien de la violence psychologique, la peur d’être violée ou réellement violentée. Une histoire d’agression contre une femme, une histoire comme il y a en a des milliers, si ce n’est que c’est Kim Kardashian, la star américaine mondialement connue pour son émission de télé-réalité, qui a été visée. Les choses sont ainsi posées.

Mais c’est aussi, et surtout, une histoire qui en dit long sur le niveau d’inégalités économiques au sein de nos sociétés, l’absence de véritable redistribution sociale existante, et le degré de violence et de conflictualité que cette situation est susceptible de générer. C’est bien entendu sur ce point-là que Philippe Poutou a voulu insister.

Comme si la question des violences de genre était un impensé de la dénonciation de la violence sociale, comme si la « lutte des classes » subsumait la lutte des femmes, Libération a voulu prêter à son tweet des intentions machistes totalement déplacées. Contre lui, en particulier, en faisant (pas très) implicitement référence à son engagement politique - « se défouler sur Kardashian n’est pas très (lutte des) classe » dans son titre - plus que contre Karl Lagerfeld, l’icone du monde de la mode, ou Guillaume Erner, chroniqueur à France Culture, dont les noms apparaissent dans la suite du papier. Il appelle même Poutou, de la même manière que le millionnaire Lagerfeld, à stopper la bienpensance consistant à « se refaire une santé idéologique sur le séant de Kardashian » .

Faudrait-il rappeler que ce militant du NPA depuis longue date, ouvrier de l’usine Ford de Blanqui par ailleurs, n’a nul besoin d’un rachat de conscience politique ? Faut-il rappeler que ce qui choque profondément c’est que Poutou, à l’image de millions de salariés français, de milliards de travailleurs dans le monde – et à contrario de Lagerfeld – n’aura pas assez du travail de toute une vie pour se payer ne serait-ce que l’ornement de l’annulaire de Miss Kardashian ?

« Fortune artificielle » ou fortune traditionnelle, là n’est pas la question. Le jugement porté par Poutou du moins, ne dit rien sur la nature de la fortune de Kardashian. « Sale » ou propre, en réalité peu importe. A ce titre, Philippe Poutou n’est pas plus un « nouveau » qu’un ancien « père de la morale » comme voudrait le dépeindre Libération. Ce qui est sûr par contre, c’est ce que ce billet atteste du degré de cécité aiguë de Libération sur la réalité du monde social, et dont sa ligne éditoriale s’éloigne plus que jamais.