Révolution Permanente N° 11

RP11 - Janvier 2014 - 68 pages Impopularité du gouvernement, crise à gauche et difficultés des directions syndicales La Bretagne, miroir de l'explosion sociale à venir?

Sous le signe d’une défaite sans combat : c’est ce qui a marqué la rentrée 2013. Tout en continuant à chuter dans les sondages, Hollande a néanmoins brillamment réussi à avancer de façon décisive sur les retraites, la seconde « grosse réforme » après l’ANI. Les modalités choisies étaient des plus « hollandistes » : le mécanisme bien huilé du dialogue social avec les confédérations, certaines parfaitement collaborationnistes, d’autres simplement critiques aux entournures. Mais l’automne a été moins serein pour l’Elysée et le patronat. C’est de là où on l’attendait le moins qu’est venue la contestation : du côté de la jeunesse et de l’Ouest du pays, deux « régions » générationnelle et géographique ayant largement voté PS au second tour des présidentielles pour se débarrasser de Sarkozy et qui ont littéralement poussé Hollande dans les cordes. Nous revenons dans cette revue sur ces deux phénomènes, avec une longue interview de lycéen-ne-s mobilisé-e-s, qui reviennent sur leur mouvement, ainsi que plusieurs articles sur la tempête bretonne qui a soufflé en octobre et en novembre. Mais ce qu’il faut également souligner, c’est la façon dont ces deux événements ont servi de catalyseur à une tendance jusque-là sous-jacente : l’érosion de la capacité des directions syndicales à jouer le rôle de premier plan qui a été le leur depuis 1995 ainsi qu’un certain essoufflement de la dynamique du réformisme à la gauche du PS. Malgré des désaccords, les confédérations syndicales françaises avaient réussi à se partager les rôles de façon à ne jamais perdre la main -si ce n’est dans des secteurs réduits de l’avant-garde- que ce soit au cours des grèves de 1995 ou lors des mouvements anti-CPE et contre la réforme des retraites en 2010, pour ne rappeler que les principaux pics de conflictualité sociale hexagonale. Cet automne, de façon très embryonnaire et dans un contexte particulier à la Bretagne, la combinaison d’une grande exaspération à une situation sociale très tendue dans la pointe Ouest a donné lieu à un mouvement multiforme au sein duquel les directions syndicales ont été reléguées au second plan. Cet affaiblissement, ponctuel et circonscrit pour l’instant, n’en est pas moins potentiellement révélateur des conditions dans lesquelles la lutte des classes pourrait évoluer dans la période à venir.