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Cinéma

« L’Effet Aquatique » de Solveig Anspach

Publié le 1er juillet 2016

Solveig Anspach a donc réussi son pari : en glissant ses dernières énergies vitales dans ce flux aquatique-amniotique vital qu’est ce film testament, elle a transfusé son incroyable énergie de vivre et d’aimer, même au fond de la piscine.

Laura Tuffery

Dernier opus de l’œuvre humaniste féministe, drôle, et totalement décalée de Solveig Anspach, « l’Effet aquatique » est le syncrétisme réussi du chant d’amour de « Queen of Montreuil », « Lulu femme nue » avec un « Haut les cœurs ! » qui cette fois-ci étreint, émeut plus qu’à l’ordinaire dans cette comédie aussi déjantée que poétique. Il y a tant d’énergie dans ces dialogues loufoques et ces personnages totalement barrés qu’il nous semble entendre Solveig Anspach nous susurrer à l’oreille dans cette langue qui n’appartient qu’à elle : dépêchons-nous d’aimer et de le dire bien fort avant qu’il ne soit trop tard. Hilarant et bouleversant.

Pour ceux qui découvrent l’œuvre de Solveig Anspach, c’est toute une galerie de personnages bigarrés qui défile entre la piscine Maurice Thorez de Montreuil et le 10ème Congrès des maîtres-nageurs qui se tient en Islande dans une ambiance aussi goguenarde que celle d’un parti communiste sous l’ère de Georges Marchais ! Dans la piscine de Solveig il y a Solange qui, veuve, un peu revêche, un peu garçonne, ne veut plus entendre parler d’amour, et Samir vrai-faux grutier sur les chantiers de Montreuil qui en pince pour ce petit bout de bonne femme, petite sirène de banlieue, toute dévouée à l’apprentissage de la brasse aux marmots et qu’il décide de séduire coûte que coûte et pourquoi pas en s’inscrivant à des cours pour adultes débutants.

Des personnages dignes de Tati évoluent dans cette ménagerie aquatique -composée de presque tous les acteurs fétiches de Solveig Anspach- devenue familière de film en film et que l’on retrouve avec bonheur. Et entre deux fous rires, chacun de jouer au jeu de l’oie (ces oies islandaises qui prennent la place des otaries de « Queen of Montreuil ») : où l’on retrouve la piscine Maurice Thorez (« Lulu femme nue »), Samir le grutier et Solange la jeune veuve (« Queen of Montreuil ») mais aussi cette gaucherie de personnages effarouchés par la vie, ces femmes qui ne savent pas quoi faire de leur personne et ces hommes qui, s’il peinent à déclarer leur amour, ne manquent jamais d’inventivité et de bravoure.

De véritables futures scènes d’anthologie du cinéma ponctuent cette comédie populaire, genre dans lequel Solveig Anspach évolue comme un poisson dans l’eau. Là où d’autres ne rendent qu’une pâle copie des gens ordinaires, Solveig Anspach excelle à saisir, comprendre ses personnages communs mais tous uniques, vrais et attachants, dans des situations aussi improbables qu’un Congrès de maîtres-nageurs où sur un quiproquo est enfin résolu le conflit israélo- palestinien !

C’est qu’il y a un vrai propos chez Solveig Anspach, une urgence à filmer et une sincérité dans sa démarche de réalisatrice : on ne parle bien que de ce que l’on est et que l’on connaît bien. Cette singularité de Solveig Anspach tient dans sa fidélité (aux acteurs, aux personnages, à son scénariste), son identité multiple (de Montreuil à l’Islande elle ne fait qu’un seul pas), ses personnages valeureux mais bancals, drôles mais pragmatiques. Il se dégage ainsi de ce dernier volet de son triptyque islando-montreuillois un rire bienfaisant et bienveillant pour ces corps et ces personnages en apesanteur : c’est l’effet aquatique !

© Pablo Suarez

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs dans un climat de forte émotion et en présence de l’équipe du film, Solveig Anspach a donc réussi son pari : en glissant ses dernières énergies vitales dans ce flux aquatique-amniotique vital qu’est ce film testament, elle a transfusé son incroyable énergie de vivre et d’aimer, même au fond de la piscine.

Sortie salles le 29 juin 2016