Politique

Les Bleus pour panser les bleus ?

L’Euro au service du « ça va mieux » de Hollande ?

Publié le 11 juillet 2016

Yano Lesage

Bien qu’il s’en défende, Hollande rêvait d’une victoire des bleus pour transformer le climat social et politique. « Le sport permet le rassemblement alors que la politique, elle, divise » avait-il confié au Journal du Dimanche. Malgré la défaite des Bleus, la présidence fait tout pour insister sur la beauté du parcours de l’équipe de France et s’exposer à ses côtés, histoire de recueillir les bonnes grâces qu’elle a réussi à s’attirer de la part de l’opinion française tout au long du tournoi.

La parade n’est pas nouvelle. Chirac l’avait déjà mise en pratique autour du slogan « blackblancbeur » de 1998, usé jusqu’à la corde dans une France pourtant au bord de la déchirure et à quelques années des émeutes de 2005. En dépit de la défaite des Bleus, à coup de rencontre triomphale et de petits fours dans les jardins de l’Elysée ce lundi 11 juillet, Hollande fait tout pour s’attirer les sympathies qui touche une équipe de France, populaire et sinon victorieuse, arrivée en finale après avoir terrassé la Manschaft. Certes la victoire finale et la coupe aurait été la meilleure option pour le gouvernement. Mais alors que l’esprit n’est pas à la victoire, mieux vaut mettre en avant les qualités la combattivité et la « fraternité » de l’équipe de France, dans les succès comme dans les coups durs.

Le foot comme remède à la morosité des sondages ? Et pourquoi pas. On connaissait les vertus des compétitions entre équipe nationale comme creuset du nationalisme ; Hollande, comme Chirac avant lui, veut en faire un atout politique. Il est vrai que tandis que l’Euro est déjà derrière nous, ce sont maintenant les Bleus qui saturent les unes quotidiens nationaux. L’heure de la mobilisation contre la loi travail est déjà loin des pensées des éditocrates alors même que les peines commencent à s’abattre sur les militants mobilisés durant les quatre derniers mois. Cache-misère, voile occultant de la réalité sociale du pays, anesthésiant –passager - de la contestation, ce sont toutes ces facettes que le président et son gouvernement cherche à exploiter. Une légèreté retrouvée dans ce « climat lourd marqué par les grèves à répétition et parfois la violence » qu’il cherche à tout prix à faire durer. Une légèreté bien martiale puisque lui-même et les forces de répression en charge de l’organisation de l’Euro ne tarissent pas d’éloge sur le « bon déroulement » de la compétition. Une organisation réglée à coup de matraques, de gaz lacrymogène utiliser pour briser les grèves et jusqu’à dimanche soir, au sein même de la fan-zone du Champs de Mars. Bien sûr, les épisodes sur les violences des hooligans, infiltrés par l’extrême-droite, à Marseille ont été soigneusement écartés du speech officiel.

Malgré la manœuvre, les résultats pourraient être de courte durée. Hollande, pariant sur le parcours des Bleus pour effacer la contestation sociale et politique de l’année de la mémoire des secteurs populaires, pourrait être rattrapé par son propre jeu. Une fois dissipés les effets de l’Euro, le réveil des travailleurs risque bien de lui être plus rude qu’il n’anticipe.