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Le Brexit rouvre le débat sur la réunification de l’île d’Emeraude

L’Irlande et le Brexit : une réunification de l’île possible ?

Publié le 5 juillet 2016

Le lundi 4 juillet s’est tenu le Conseil ministériel Nord-Sud réunissant les ministres d’Irlande du Nord et de République d’Irlande, afin de discuter des suites du Brexit sur l’île irlandaise. Bien que le « Leave » l’ait globalement emporté au Royaume-Uni, l’Irlande du Nord a voté majoritairement contre la sortie de l’Union Européenne. C’est dans ce contexte que s’est ouvert le débat sur la réunification de l’île.

Manon Véret-Gay

L’Irlande du Nord a voté à 56% en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne (UE). Cela s’explique notamment par l’implication de cette dernière dans le processus de pacification de l’île après la période dite des « Troubles », et le soutien économique qu’elle a apporté à l’Irlande du Nord. Pour favoriser son développement, et donc pour apaiser les tensions, la région a bénéficié de nombreux financements de l’UE, en particulier dans les secteurs du transport et de l’agriculture.

La période des « Troubles » ne remonte qu’à vingt ans à peine. Très récente, les conflits sont même toujours visibles actuellement. Entre 1968 et 1998, le conflit armé entre les nationalistes (pro-Irlande) et les unionistes (pro-couronne britannique) a fait plus de trois mille morts et des dizaines de milliers de blessés, sur un territoire relativement restreint. Le 10 avril 1998, les accords du Vendredi Saint sont censés signer la fin des conflits. Mais l’IRA (Irish Republican Army, Armée républicaine irlandaise) et l’armée britannique ne se sont vraiment retirées qu’en 2007. Et encore aujourd’hui, la ville de Belfast est divisée en deux par un mur haut de 15 mètres, accompagné de tensions quotidiennes entre protestants et catholiques.

Cette histoire reste donc fraîche dans les mémoires. Les personnes qui ont vécu ces décennies ont aujourd’hui pris part au vote sur le Brexit. C’est donc sans grande surprise que le camp du « Remain » l’ait emporté dans cette région : l’Europe a su donner l’image du « sauveur », qui a aidé à sortir la région de la crise. L’UE aurait ainsi procédé à des financements en faveur de projets entre catholiques et protestants. Un éleveur témoigne : « Tout ce que vous voyez ici, […] presque tout a bénéficié de financements européens en faveur du développement rural. Qui va apporter cet argent maintenant ? »

De plus, en quittant l’UE, une crainte en Irlande qui émane du Brexit est celle que le Royaume-Uni devienne un paradis fiscal, qui attirerait les multinationales et pourrait la concurrencer. Les sièges européens par exemple des grands groupes Apple et Google localisés en Irlande représentent une part importante du travail. Le Brexit aura donc, à plus long terme, un fort impact sur la vie de la population en Irlande, qui subit déjà de plein fouet la crise.

« Les Anglais viennent de poser une bombe sur le processus de paix », a dit Peter Byrne à France Tv Info, « ce vote risque […] de relancer les tensions ». Marbrier et conseiller local du SDLP, Parti social-démocrate et travailliste (Social Democratic and Labour Party), Peter Byrne dénonce comme beaucoup l’emprise des Britanniques sur l’Irlande du Nord. Cela a commencé par l’Empire britannique envahissant le nord de l’île. Aujourd’hui, le territoire conquis de l’Irlande du Nord est est encore sous la main du Royaume-Uni.

Le Conseil interministériel Nord-Sud, instance transfrontalière de coopération entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, s’est réuni le 4 juillet afin de porter la décision tant attendue sur la tenue d’un « all-island forum » (littéralement le forum de toute l’île). Mais lors de la conférence de presse qui a suivi le Conseil, le Premier ministre irlandais Enda Kenny (leader du Fine Gael, parti de centre-droit) a annoncé que l’idée même n’a pas été portée. Ce forum avait pour but de discuter de la position à adopter dans les négociations de sorties entre le Royaume-Uni et l’UE. Ils sont tombés d’accord en outre sur un "10-point-plan", littéralement un plan à dix points. Si le SDLP et le Sinn Féin, parti travailliste, étaient pour ce forum, le DUP, Parti unioniste démocrate, était contre le fait que l’Irlande puisse décider pour l’Irlande du Nord et veut laisser le pouvoir de décider à l’exécutif nord-irlandais, c’est-à-dire au Royaume-Uni.

Une fois de plus, le pouvoir décisionnel en Irlande du Nord est remis au gouvernement central situé à Londres, tandis que la population de la région est loin d’être entièrement britannique unioniste. Martin Macguinness, Premier Ministre de l’Irlande du Nord au Sinn Féin (seul parti politique existant au Nord et au Sud), avait appelé à un référendum sur la question de la frontière qui sépare l’île. Le journal IrishCentral a lancé récemment un sondage en ligne répondant à cet appel, demandant d’être pour ou contre un vote sur la réunification de l’Irlande : au 28 juin, 88% se sont positionnés pour, sur 3381 votants.