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L’UNI : quand les syndicats de droite appellent à intensifier la sélection à l’université

L’UNI se félicite des annonces de la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur concernant la mise en place de prérequis dès l’entrée en licence. L’organisation de droite appelle à « passer d’une sélection par l’échec à une sélection basée sur le mérite et les aptitudes ».

L’UNI (Union nationale inter-universitaire), est une organisation universitaire (composée de professeurs, étudiants et lycéens) qui se revendique de droite et qui cherche à proposer une « alternative à la politique de la gauche » et « pour la nation ». Dans leur dernier communiqué daté du 29 mai ils appellent de leur vœu à un « grand débat sur la sélection » à l’université. Ces derniers sont l’une des rares organisations à se placer ouvertement pour la sélection à l’université en master mais également en licence.

L’UNI voudrait se faire le chantre de la lutte contre la « sélection injuste » que représenterait la sélection par tirage au sort. Dans un communiqué parût le lendemain de l’élection de Macron l’organisation « demande au nouveau Président de la République, d’abroger, dès son investiture, la circulaire du 27 avril 2017 [concernant le tirage au sort], et d’ouvrir un véritable débat sur la sélection à l’entrée de la Licence et du Master afin de clarifier la notion de « prérequis  ». ». Avant de poursuivre : «  Seule une sélection basée sur les aptitudes, les compétences, la motivation et le mérite des étudiants permettra d’améliorer la réussite universitaire. Cette sélection doit se mettre en place en fonction des dossiers des candidats, des prérequis, de leur aptitude à suivre telle ou telle filière, ou d’un concours d’entrée. »

Les demandes du syndicat de droite ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. À peine nommée, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, annonce déjà la couleur des cinq prochaines années pour les universités, avec un premier « chantier » central : la sélection à l’université dès la licence. Dans un communiqué du 29 mai, l’UNI remercie la nouvelle ministre et prend acte de sa décision de renoncer au tirage au sort à la rentrée 2018 et appelle à «  passer d’une sélection par l’échec à une sélection basée sur le mérite et les aptitudes. »

Une manière d’appeler à une forme de sélection sociale totalement décomplexée, puisque personne n’ignore que les « aptitudes » et le « mérite » sont des qualités que l’on paye chèrement dans une société où le système éducatif tourne deux vitesses dès le plus jeune âge. Que ce soit parce qu’on peut se permettre un lycée privé, ou des cours particuliers, les « aptitudes » ne tombent pas du ciel et le mérite n’est que la seconde face d’une situation sociale profondément injuste. Une fois à l’université, les étudiants les plus précaires sont ceux qui échouent plus facilement car ils sont obligés de se salarier, et ce malgré un système en apparence égalitaire.

Dans ce contexte, la seule manière de lutter contre « la sélection par l’échec », et de mettre fin aux pratiques de tirage au sort et de contingentement qui se sont multipliées ces dernières années pour faire face à l’augmentation des effectifs à l’université, c’est de permettre à toutes et tous de pouvoir étudier dans les mêmes conditions, et ce peu importe leur situation sociale. Il ne s’agit donc pas de demander au gouvernement de lever le tabou de la sélection au mérite, forme la plus sauvage de la sélection, mais bien d’engager un vaste plan de réinvestissement dans l’éducation publique et l’enseignement supérieur. Mais également de lutter contre la précarité étudiante qui reste la forme de sélection sociale la plus efficace.

A l’heure où les moyens ne cessent d’augmenter dans la sécurité, quelle soit publique avec une rallonge de 250 millions d’euros aux policiers manifestant pour une impunité totale et l’élargissement de leur arsenal répressif, ou privée où le budget alloué aux vigiles sur les campus est revu à la hausse, ce sont bien les étudiants et les travailleurs des universités qui en payent l’addition. Alors que les classes (amphithéâtres et salles de TD) sont surchargées, faute de moyens et que l’on constate tous les jours le manque de moyen à l’université, les libéraux, appellent à accélerer une politique de sélection sociale de manière totalement décomplexée. Et à fermer définitivement les portes des universités aux classes populaires pour consacrer une forme d’élitisme universitaire.

L’UNI est donc l’organisation, qui s’est placée en statut de chien de garde du capital, en veillant à ce que ce projet sur la sélection soit appliqué rapidement, et à casser toutes les mobilisations étudiantes qu’il pourrait y avoir suite à cette décision. En ce qui concerne l’UNEF et la Fage, les organisations étudiantes se sont dites « inquiètes » de cette volonté de mettre en place des pré-requis pour l’entrée en licence, un mot qui en dit long sur les volontés de résistance de ces syndicats. Solidaires EtudiantEs appelle quant à lui « s’opposer fermement, par la lutte, à ces mesures destructrices et dangereuses pour les intérêts des étudiant·e·s, des personnels et des universités ».

Pour mettre fin à « la sélection par l’échec » il faudra mettre en place un véritable appui économique (bourses, logement etc...) pour permettre à tous d’étudier dans les mêmes conditions. Face aux attaques du nouveau gouvernement, appuyées par les lobbys de la droite universitaire et passés sous silence par les organisations étudiantes majoritaires, qui visent à détruire ce qu’il reste de nos universités, il est nécessaire de se préparer et de s’organiser, aux côtés des syndicats combattifs, avec les étudiants et le personnel universitaire.

Photo : ©Pixabay/CC




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