Monde

Des douaniers européens pour mieux réprimer les migrants

L’Union Européenne prépare un Super-Frontex

Publié le 16 décembre 2015

G. Gorritxo

Dans la foulée de son dernier coup de pression sur la Grèce, l’exécutif européen propose la mise en place d’un corps de gardes-frontières européen, un « Super Frontex » destiné à rendre moins perméables les frontières de l’Europe aux réfugiés, pour beaucoup fuyant la guerre et les bombardements, soutenus par l’UE.

Début décembre, la pression était forte sur la Grèce et les autres pays d’entrée dans l’UE. La Commission européenne avait fait pression sur l’Italie, la Croatie et la Grèce par une « lettre de mise en demeure », à propos de la mise en place trop lente des récupérations d’empreintes digitales des réfugiés et migrants « illégaux ». De même, quand la Grèce ne met pas en place assez vite les « hot spots », ces centres d’identification et de tri des migrants, elle se voit rappelée à l’ordre. Le 3 décembre, sous la pression d’une hypothétique exclusion de Schengen, la Grèce avait finalement demandé à Frontex le déploiement d’une opération « RABIT », qui s’est empressée de venir « mieux contrôler la mer Egée ».

Le gouvernement Tsipras met du cœur à l’ouvrage quand il s’agit de réprimer les réfugiés. Il est pourtant jugé trop lent par ses homologues français et allemands. C’est une des causes de la proposition faite par Bruxelles, mardi 15 décembre, de créer un corps de garde-frontières européens qui puisse agir même sans l’accord d’un Etat membre. Les nationalistes de tous bords dénoncent l’attaque à la souveraineté des Etats. S’il faut rejeter fermement ces déclarations chauvines, il convient de souligner que ces nouvelles mesures sont un moyen, pour les puissances centrales de l’UE, et en premier lieu, la France et l’Allemagne de se doter d’un bras armé dans les Etats du sud de l’Europe.
Concrètement, la proposition serait de passer des 402 membres actuels de Frontex à un millier, auxquels il faudrait ajouter 1500 réservistes supplémentaires mobilisables en trois jours. Ces forces auraient aussi un pouvoir policier, en pouvant renvoyer les réfugiés dans leur pays d’origine, grâce à la mise en place d’un « bureau des retours ».

Avec ces nouvelles mesures, les puissances de l’UE tentent à la fois de sauver un Schengen mis à mal par le retour en force du nationalisme et du chauvinisme et de stopper « les flux migratoires ». Dans les faits, ce sont les périples des migrants qui deviendront encore plus dangereux. Tant que la guerre et la misère ne seront pas éradiquées, aucune frontière ne pourra empêcher des hommes et des femmes à risquer leur vie pour la sauver. Face à cette situation dont les puissances impérialistes sont entièrement responsables, et face à la montée du discours xénophobe, la lutte pour l’abolition des frontières et la liberté de circulation est une question de vie…et de mort.