Monde

Quand l’Europe fait du chantage à l’Afghanistan 

L’Union Européenne signe un accord pour l’expulsion de 80 000 afghans

Publié le 6 octobre 2016

Les 4 et 5 octobre s’est tenue la conférence de Bruxelles sur l’Afghanistan au cours de laquelle l’Union Européenne a signé en toute discrétion un accord avec le gouvernement Afghan, entérinant le jour même de sa signature, la facilitation du « retour » (forcé et volontaire) des réfugiés afghans qui se trouvent sur le sol européen.

Cécile Manchette

70 pays et 20 agences gouvernementales, dont les États-Unis et l’Union Européenne, se sont réunis pour affirmer « officiellement » leur soutien financier – qui s’évalue en milliards d’euros – et politique pour le développement et la paix en Afghanistan. Pourtant en coulisses, ces aides financières, l’Union Européenne semble prête à les verser « intégralement » si et seulement si, comme le révèle un document officiel publié sur le site de l’ONG britannique statewatch, le gouvernement Afghan s’engage en échange à signer un accord, en marge de la conférence, pour faciliter les procédures de renvois forcés des personnes déboutées de l’asile ! Cet accord irait aussi dans le sens de faciliter les renvois de femmes et de mineurs non-accompagnés et prévoit la construction d’un immense terminal de réception à Kaboul.

Toutefois, Mme Mogherini, chef de la diplomatie européenne, et fine diplomate, assure que ce « n’est pas à l’agenda aujourd’hui, il n’y a jamais jamais (sic) de lien entre notre aide au développement et ce que nous faisons sur la migration ». Tandis que le président du conseil européen, Donald Tusk, lui, ne se cache pas de la réalité de cette politique : « L’Union européenne est leader en Occident dans la prise en charge des réfugiés. On n’attend pas de compliments. Mais les pays de départ doivent reprendre leurs migrants économiques en situation irrégulière »

Ainsi, ce sont 80 000 personnes, arrivées entre 2015 et 2016, qui seraient concernées par des « vols spéciaux » vers l’Afghanistan, alors même que la situation dans le pays s’est considérablement dégradée depuis 2009. Un constant que partage entièrement, et non sans cynisme, la communauté internationale vu qu’il est écrit dans le document que sur place « lasituation sécuritaire se détériore avec des records d’attaques terroristes et de victimes civiles, plus de 11000 en 2015, associée à une situation économique qui se détériore aussi ». Alors même que de ce fait les flux migratoires vers l’Europe vont s’accentuer, l’Europe forteresse renforce ses frontières, ferme ses portes et choisit de renvoyer des milliers de réfugiés afghans dans un pays qu’ils avaient fui en raison de la misère et d’une guerre qui n’en finit pas depuis 15 ans.

En Europe, les Afghans représentent le deuxième groupe de demandeurs d’asile, et sont également parmi les plus nombreux à Calais : 33% des 10 000 réfugiés de la « jungle » de Calais. Cet accord arrive donc au moment même où la destruction du bidonville de Calais a été annoncée avant fin octobre, heureuse coïncidence pour Cazeneuve et Hollande qui n’ont pas manqué de préciser dernièrement que seront expulsés toutes les personnes n’ayant pas « vocation » à rester en France.

L’Allemagne, de son côté, veut faire rentrer l’Afghanistan dans la liste des « pays sûrs » ! Les politiciens de l’UE nous montrent qu’ils sont prêts à tout pour « réduire » le nombre de réfugiés sur leur territoire quitte à désormais assumer ouvertement de renvoyer des réfugiés de guerre chez eux. Ils veulent faire payer leur crise, une crise politique et institutionnelle profonde, aux réfugiés, alimentant en parallèle toujours plus le racisme et l’islamophobie. Mais, ce n’est pas à nous, aux travailleurs et aux opprimés, de payer cette crise qui n’est pas la nôtre.