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Monde

Des frontières toujours plus imperméables ?

L’Union européenne espère passer un accord avec la Libye pour stopper les migrants

Suite au deal passé entre l'UE et la Turquie le mois dernier, et en vigueur depuis le lundi 4 avril, les migrants débarquant sur l'île de Lesbos, en Grèce, sont directement renvoyés dans en Turquie et de là, ensuite, dans leur pays d'origine. Mais les personnes qui fuient la guerre et la misère trouvent évidemment d'autres solutions pour tenter de franchir les murailles de l'Europe-forteresse ; passer par la Libye pour arriver en Italie, par exemple. A. Bronstein

Depuis l’entrée en vigueur des accords passés entre la Turquie et l’Union européenne, seules quelques centaines de personnes ont tenté de rallier l’Europe par la Grèce. Dans le même temps, plus de 6000 migrants ont rallié l’Italie en passant par la Libye, et donc par la méditerranée. Simple coïncidence ? Certainement pas. Ceux qui fuient leurs pays d’origines ravagés par l’interventionnisme des puissances occidentales ne reculent devant rien, pas même la mort, pour rallier les pays d’Europe. L’afflux n’est évidemment pas endigué par ces accords mortifères, les victimes de ce carnage trouvent simplement de nouvelles voies pour fuir la guerre, la famine, la pauvreté et les violences quotidiennes.

Les dirigeants des pays européens gardent cependant la même stratégie : fermer peu à peu les routes migratoires pour tenter d’endiguer les flux. Et ce afin d’invisibiliser leur propre implication dans ces milliers de départs. C’est pourquoi les ministres des affaires étrangères et de la défense des pays membres de l’UE se sont réunis à Luxembourg le 18 avril dernier. Ils espéraient que le nouveau gouvernement libyen, mis en place sous l’égide de l’ONU – le premier ministre désigné Fayez Al-Sarraj en tête – soit plus coopératif que l’ancien. Pour parvenir à leurs fins, les hauts dirigeants de l’UE ont déjà débloqué 100 millions d’euros d’aide économique et humanitaire pour la Libye, tout en proposant au nouveau gouvernement une mission civile « de conseil et de soutien » en ce qui concerne la police, la justice et la lutte antiterroriste. Si le parlement libyen a reporté le vote de confiance à ce gouvernement d’union nationale, il ne s’agit cependant pour l’UE que d’une formalité visant à étendre les dispositifs déjà en place.

Car sous cette mascarade politicienne se cache en réalité la volonté d’étendre la mission Sophia, opération de lutte contre les passeurs au large de la Libye, actuellement limitée aux eaux internationales et lancée au cours de l’été 2015. Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne – et ancienne ministre des affaires étrangères italiennes – s’est d’ailleurs récemment targuée de ce que la mission navale avait permis de sauver près de 13 000 vies en haute mer. Un visage humaniste qui peine à masquer le véritable enjeux de ce type de mission et d’ors et déjà terni par l’annonce du pire naufrage de réfugiés en méditerannée depuis près d’un an ce mercredi 20 avril . Dans le même temps, Matteo Renzi, le premier ministre italien, a fait passer aux dirigeants européens un document prônant une accélération de la conclusion d’accords avec les pays dont sont originaires les réfugiés et le déblocage de fonds à destination des pays de transit, afin qu’ils bloquent les flux. Un élément ô combien significatif des velléités de l’Europe-forteresse, prête à poursuivre le massacre à ses frontières pour la défense de ses intérêts au Moyen-orient.




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