Société

80 % des abattoirs non conformes

L’abattage industriel de nouveau épinglé par L214 : dénoncer l’exploitation animale ou l’exploitation tout court ?

Publié le 1er juillet 2016

C’est la quatrième fois en huit mois que l’association L214 publie une vidéo dénonçant les conditions d’abattage des animaux violentes et inacceptables : en octobre, l’abattoir d’Alès était pointé, puis celui de Vigan (Gard) et Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques). C’est maintenant le tour de celui de Pézenas (Hérault) et Puget-Théniers (Alpes-Maritimes). L214 dénonce, à juste titre, la souffrance animale extrême. Mais elle oublie cependant la souffrance humaine qui résulte de ces conditions de travail épouvantables et de la mise à mort quotidienne. Le véganisme, une option potentielle ? A condition de vouloir également en finir avec l’exploitation humaine et l’industrialisation de la mort qui cause également bien des souffrances quotidiennes.

George Waters

La nouvelle vidéo de l’association L214 nous met face à des images toujours aussi choquantes : des chevaux tirés avec un treuil, paniquant avant d’être égorgés, des moutons la gorge tranchée sans être étourdis, des salariés ne bronchant pas devant la souffrance animale. Ces vidéos ont tout de même l’avantage de créer des réactions tant du côté de l’opinion publique que de l’Etat, qui a dû fermer trois abattoirs sur le champ. Il aura fallu une énième vidéo choquante pour atteindre ce résultat, alors qu’en avril des inspections systématiques ont eu lieu, avec des résultats hallucinants : 80 % des abattoirs étaient non conformes, dont 31 % en non conformité moyenne ou majeure !

Ainsi, L214, qui lutte pour la fin de l’exploitation animale et qui a pointé des problèmes liés à un système d’exploitation et de production immonde, a particulièrement exaspéré l’exécutif : le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a dénoncé une « propagande anti-viande », insistant particulièrement sur le caractère prosélyte de la chose : affirmer ses convictions et tenter de faire changer les réalités subjectives est donc interdit pour l’Etat.

Malgré cela, la position de L214 est particulièrement problématique, car l’association dénonce avant tout l’attitude des salariés. En réalité, c’est le système d’exploitation en entier qu’il faut dénoncer : l’attitude des salariés, sous la pression de leurs employeurs ne peut être séparée de l’état d’exploitation du salarié dans un système capitaliste. L’association tente d’argumenter que ces deux abattoirs étaient de « petites structures » et que la violence est donc choisie par les employés, qui ne subiraient pas de pression patronale. En réalité, les conditions de travail inhumaines sont imposées par un système qui veut toujours plus de rentabilité. Il convient également de rappeler que, face au chômage et à la nature despotique du pouvoir patronal sur la nature et les modes de production, les salariés n’ont que rarement leur mot à dire. C’est ce système contre lequel il faut s’attaquer, et arrêter de faire porter le chapeau à des travailleurs qu’on menace toujours par le chômage, alors qu’ils effectuent déjà un travail difficile, avec un quotidien lié à la souffrance et au développement de névroses particulièrement importantes. D’autant plus qu’aucun centre de formation n’existe au niveau inter-régional et que les employés se forment donc dans les entreprises.

De plus, face à cet état de fait, la solution du véganisme individuel que propose L214 n’est pas suffisante. L’exploitation animale et les bases matérielles de la production industrielle de viande sont inséparables de l’état d’exploitation capitaliste. Face à cela, l’option du véganisme tend à surestimer les pouvoirs du consommateur. Pour lutter contre la surexploitation animale, la mort à la chaîne dans d’atroces souffrances, et celle des hommes dont la mort devient un métier, répétée à l’infini, à grande échelle, il incombe aux salariés de reprendre en main leurs outils de production. La réponse pour mettre fin à la mise à mort atroce et industrialisée ne peut être que collective et élaborée dans des cadres de décision démocratiques. Devenir végétarien constitue une réponse personnelle à la souffrance éprouvée face à la mort animale, mais ne peut être une réponse qui changera les choses à l’échelle globale.